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Hommage à l’écrivain et journaliste Israel Zamir

Israel Zamir  est décédé samedi dans sa maison du kibboutz Beit Alfa (nord d’Israël, dans la région de Beit She’an, près de la vallée de Jezréel) à l’âge de 85 ans. Il était le fils unique du prix Nobel de littérature Isaac Bashevis Singer. Il était journaliste et écrivain, héritier d’une grande famille d’écrivains.

Israel Zamir et Isaac Bashevis Singer
Israel Zamir et Isaac Bashevis Singer

Israel Zamir le journaliste

Israel Zamir est né à Varsovie (Pologne) le 15 juin 1929. Ses parents se séparèrent alors qu’il avait 5 ans, et son père, le grand écrivain Isaac Bashvis Singer, partit pour New York et échappa à la destruction des Juifs d’Europe, juste avant que la guerre ne dévaste la Pologne. Alors que son père s’installe à New York et continue d’écrire en yiddish et bientôt en partie en anglais, Zamir et sa mère rejoignent le Yishouv, le peuplement juif en terre d’Israël, alors sous mandat britannique. En 1937 ils rejoignent le kibboutz Beit Alfa dans le nord d’Israël, fondé en 1922 par des jeunes pionniers du mouvement de gauche Hashomer Hatzaïr, originaires de Pologne. Zamir y resta jusqu’à la fin de sa vie. En 1972, il rejoint le journal de gauche Al Hamishmar où il travaille jusqu’à la fermeture du quotidien en 1995 et enseigne également le journalisme à l’université de Tel Aviv. Il écrivit ensuite au quotidien Maariv.

Israel Zamir l’écrivain

Israel Zamir fut aussi écrivain. Mais sa carrière resta, même à des milliers de kilomètres, même dans une autre langue (en hébreu alors que son père écrivit en yiddish, voire en anglais), dans l’ombre de celle de son père. La plupart de ses écrits sont en effet liés à ceux de son père. Israel Zamir a par exemple co-écrit avec Moti Lerner une pièce qui fut jouée au théâtre national israélien Habima, « le Bien-Aimé et l’Agréable » basée sur une histoire de son père. Il a également traduit plusieurs œuvres de son père du yiddish en hébreu. Zamir a aussi publié 9 livres et là encore, l’un d’entre eux se nomme : « Un voyage chez mon père Isaac Bashevis Singer ». Prix Nobel de littérature en 1978, son père était un immense écrivain, auteur de nombreux romans sur la Pologne d’avant-guerre et la Pologne d’après guerre. Ses livres se sont vendus dans le monde entier. Le frère d’Isaac, oncle d’Israel, Yehoshua Singer, fut lui aussi écrivain. C’est donc d’une famille de grands écrivains que vient Israel. Peut-être trop grands. Car Israel Zamir n’eut pas le même succès que son père. Comment l’eut-il pu? Son succès se limita à la reconnaissance nationale, en hébreu, en Israël.

D’Isaac à Israël Zamir

Lors d’une interview accordée en 2004 au quotidien Yediot Aharonot, Israel Zamir confia qu’il n’avait rencontré pour la première fois son père qu’à 20 ans, à New York, après leur séparation lorsqu’il était enfant alors que Zamir était le représentant de l’Hashomer Hatzaïr dans la métropole américaine

« Ce fut une rencontre froide et distante à tous égards », raconte-t-il, avant d’ajouter « mon père était un yiddishisant alors que moi je parlais l’hébreu, il était un capitaliste réactionnaire et moi un marxiste-socialiste. J’adorais Staline et le considérais comme un assassin. Je niais la Diaspora alors qu’il vivait en son sein. Il était un homme du vent (de la culture) alors que j’étais un homme de la terre. Nous étions donc en opposition sur tout. Nous nous sommes serrés la main, il m’a embrassé et nous nous tenions tous les deux gênés et silencieux ». Il n’aurait jamais prononcé le mot « père ». « C’est seulement lorsque je lui écrivais des lettres que je débutais par « mon cher père ». Au téléphone, je disais: c’est ton fils ». « Lorsque nous étions assis ensemble je débutais la conversation par « écoute ». jusqu’à la fin, je ne l’ai jamais appelé papa ou père car il m’était impossible de recréer ces 20 années sans amour. Notre relation ne ressemble en aucune manière à celle que j’ai avec mes 4 enfants ». « Mon père est une personne qui a vécu aux Etats-Unis et qui, chaque 6 mois m’envoyait 2 ou 3 dollars. Cela n’a pas réchauffé le coeur », conclut Israël Zamir avec amertume.

 

Comme Rousseau avant lui, Isaac Bashvis Singer n’a pas été proche de ses enfants, de son seul fis en l’espèce. Il fut pourtant, comme Rousseau auteur de L’Emile ou de l’éducation, l’auteur de plusieurs contes et histoires pour enfants.

Israel Zamir, au contraire, fut très proche de ses quatre enfants.

En témoigne cette vidéo (en hébreu).

Etam : la lingerie connectée

L’internet des objets semble décoller. Etam, la marque de lingerie crée un concept assez nouveau et particulièrement original, qui ne dépend pas uniquement de l’internet des objets, mais aussi de la lecture numérique. Un objet à la fois technologique et culturel.

 

Etam mode lingerie
Etam mode lingerie

La rentrée littéraire d’Etam

 

Oui, vous avez bien lu. Etam, la marque populaire de lingerie qu’on trouve dans à peu près tous les centres commerciaux de France et de Navarre pour ne pas parler de l’étranger où Etam, qui appartient au groupe côté Etam Développement, s’exporte dans près de 40 pays et plus de 4000 magasins (dont 3460 en Chine, où il est installé depuis 1994), fait sa rentrée littéraire. Une marque de lingerie en effet s’associe à de la lecture numérique et développe en passant, non seulement une prouesse technologique, mais renvoie aussi au placard la plupart des clichés sur les femmes qui portent de la belle lingerie, et la lecture.

En septembre, Etam associera en effet des QR codes aux étiquettes de ses nuisettes, pyjamas et sous-vêtements en tout genre. L’objectif de cette opération baptisée « Histoires courtes by Etam » est de démocratiser la lecture numérique auprès de sa clientèle. Etam contribue donc aussi au développement de la lecture numérique qui reste encore assez marginale en France et ne représente que 3% de la vente des livres.

 

Etam connecté

L’idée marketing est plutôt inattendue et réussie. Smartnovel, une start-up française spécialisée dans le roman-feuilleton sur support mobile, lance avec Etam une opération de lingerie connectée en dotant les étiquettes de ses articles d’un QR Code qu’il suffira de flasher pour charger 6 nouvelles inédites d’auteurs français. En clair, vous achetez de la lingerie, vous recevez des nouvelles d’auteurs français à lire. Au programme des écrivains reconnus et primés : Marie Desplechin, Pierre Lemaitre (Prix Goncourt 2013), Nelly Alard (Prix interallié 2013), Valentine Goby (Prix des libraires), Barbara Constantine (Choix des libraires) et Laurent Seksik (Prix du meilleur roman français 2013). Pour l’occasion, Etam s’est aussi offert les services de Natalia Vodianova comme porte-parole de l’opération.

 

Etam pour la lecture numérique

 

Cette opération est aussi une occasion de reparler de la lecture numérique, qui commence petit à petit à décoller, mais qui se limite encore essentiellement à la presse, pas à la littérature. Une étude Audipresse sur les habitudes des Français concernant la presse, réalisée entre juillet 2012 et juin 2013 auprès de 35 508 personnes âgées de 15 ans et plus, rapporte en effet que la lecture numérique des journaux, a progressé de 14 % entre 2012 et 2013 ; un chiffre qui suit la croissance de l’équipement mobile. La lecture des journaux et sites internet sur smartphone fait un bond de 24 %, boostée par la presse numérique (45 % des Français lisent un titre de presse sur leur smartphone chaque mois). En revanche, la lecture numérique de livres reste assez limité, environ 3% de l’achat de livres. Etam y contribue donc en donnant accès au public à des nouvelles littéraires.

C’est aussi au passage ce qu’a fait notre propre rédacteur en chef, avec une version numérique de son livre L’an prochain à Tel Aviv, en vente sur internet.

 

Luxe et littérature : vers une évolution du livre

Les marques de luxe investissent de plus en plus dans le secteur de la littérature. Entre des romanciers qui font des pubs pour des marques de produits de beauté ou de mode et des investissements des maisons du luxe dans l’édition, où s’arrête ce nouveau partenariat?

livre-luxe

Prada, luxe et littérature

 

Prada, agnès b., LVMH font tous partie des grands noms dont la présence dans le secteur de la littérature se renforce. Que signifie cette nouvelle forme de mécénat? Jay McInerney serait la nouvelle égérie Prada et le romancier français Nicolas Fargues a posé pour une pub Chanel. Au cocktail donné à New York par Prada le 23 octobre, se trouvaient de nombreux écrivains, tous présents pour fêter les vainqueurs du Prada Journal, un concours littéraire lancé au printemps par la maison italienne en partenariat avec l’éditeur Feltrinelli. Les candidats devaient écrire un texte sur le thème : “Quelles sont les réalités que nos yeux nous rapportent ? » d’après une traduction de l’anglais. L’objectif était à la fois de déceler de nouveaux talents et de lancer un coup de pub pour les lunettes Prada.

 

LVMH et la littérature

 

De même, LVMH a fait une récente entrée au capital de Madrigall, la holding familiale qui détient Gallimard et Flammarion. L’apport financier tournerait autour de 30 millions d’euros. “Nous partageons la même vision du développement de nos maisons, fondée sur leur histoire prestigieuse, leur caractère familial et le talent des équipes qui les animent” a mis en avant Bernayrd Arnault, leader de LVMH. Ce n’est pas la première fois que la maison s’allie à l’édition. En effet, LVMH s’était déjà associé à Gallimard pour éditer des guides, un recueil de nouvelles – La Malle – autour des souvenirs de Gaston-Louis Vuitton. D’autre part, l’Espace éphémère Louis Vuitton accueille des conférences sur l’art et la littérature.

 

Plus loin que la littérature?

 

Pour certains analystes, les marques de luxe y ont un intérêt pécuniaire évident. Les grands écrivains sont comme des stars et servent à lancer des marques ou des modèles. Pour LVMH, certains observateurs laissent également entendre qu’Arnault n’agirait pas seulement par amour de l’art mais aussi pour le patrimoine immobilier de Gallimard sis en plein Saint-Germain-des-Prés. Or, l’édition étant un secteur en difficulté, cette manne semble plutôt bienvenue, tant que les grandes marques n’imposent pas de placements de produits dans les livres. Mais avec le développement – certes lent mais progressif – des livres électroniques, le livre papier pourrait bientôt devenir un luxe, où la beauté du papier ou la qualité de l’image seraient cultivés.

 

Jade-Rose Parker, Ta G. on tourne

Jade-Rose Parker, Ta G. on tourne, Editions Kero : Saint-Amand Montrond, 2013

jade-rose-parker-ta-gueule-on-tourneLe premier roman de Jade-Rose Parker

Pour son premier roman, Jade-Rose Parker, actrice et auteur-compositeur, a choisi un titre assez peu élégant … si bien que nous avons préféré ne pas le répéter. Venant du monde du cinéma elle a cherché à en brosser un portrait amusant, « hilarant » répète-t-elle. Elle veut, « pour la rentrée » nous écrit-elle « nous faire rire ». Ce sont donc surtout ceux à la recherche d’un livre plaisantin et amusant qui aimeront Ta G. on tourne. Ceux qui préfèreront le sérieux de la réflexion auront du mal à le terminer, peut-être à le commencer. Mais le pari de celle qui a joué dans le film LOL aux côtés de Sophie Marceau est clair, elle a décidé cette fois de faire rire via un roman.

L’histoire racontée par Jade-Rose Parker

L’histoire : Michel, Karen et François sont trois amis en constat d’échec. Michel rêve de devenir réalisateur mais son scénario est refusé pour la énième fois. Karen, séduisante jeune femme, enchaîne castings et projets minables tandis qu’elle aspire à une carrière d’actrice hollywoodienne. Quant à François, ses montages financiers frauduleux l’ont mené à la faillite, sa femme l’a quitté, et il s’apprête à se pendre dans son appartement bourgeois dont les meubles ont été saisis. Ces trois-là n’ont plus rien à perdre et c’est forts de ce capital qu’ils s’associent dans une entreprise insensée : kidnapper les six plus grandes stars du cinéma pour les obliger à jouer dans le film de Michel, dont Karen sera la vedette et François, le producteur. Un plan en béton.

Vidéo de Jade-Rose Parker sur le roman

Catherine Charrier, La fréquentation des a-pics, une littérature pour femmes?

Catherine Charrier, La fréquentation des a-pics, Saint-Amand-Montrond : Editions Kero, mai 2013

Après L’Attente, Catherine Charrier a choisi de se mettre aux nouvelles, tout en conservant son thème choyé, le plus simple et le plus complexe : les femmes.

catherine-charrier-frequentation-des-a-picsCatherine Charrier : une femme raconte les femmes

Dans L’Attente, l’auteur s’attaquait à la question de l’adultère. Celui de la femme. D’une femme, dont elle décrivait l’attente. L’attente d’une autre vie, avec son amant, sans son mari. A présent Catherine Charrier évoque toutes les femmes, leur liberté, leur affranchissement, ou leur difficulté à y parvenir. Le risque, le danger aussi, d’être une femme. De Nantes à Paris, de Paris à New York, la jeune, la plus âgée, l’adolescente, la femme mariée, la femme seule. Filles, mères, maîtresses, ou simples passantes, elle décrit leur histoire, ces histoires de femmes. Au café, dans une voiture, en discothèque, en stop, partout, l’auteure évoque la façon d’être une femme aujourd’hui dans les moments les plus intimes comme dans les plus banals et quotidiens :  un regard croisé à travers la vitre d’un bus, un deuil, un ourlet mal repassé, tous ces à-pic, que Catherine Charrier prend au vol pour les nous livrer.

Des nouvelles de femmes

La fréquentation des a-pics n’est pas un roman mais un recueil de nouvelles. De six à soixante pages de développement, selon les histoires, Catherine Charrier nous fait changer de lieux, et de femmes, mais aussi de style. Si sa plume est chaque fois subtile, bien ficelée, poétique aussi, sans doute plus que dans L’Attente, elle a su aussi se livrer à un nouvel exercice, variant le style, tantôt soutenu tantôt familier, chaque fois bien écrit. Dans Le bal américain, Le fourgon, La charité, Viviane, Pas de témoin, Balcon ou encore Une paille, chaque nouvelle nous plonge au cœur d’un univers de femmes et d’une femme.

Pour les femmes?

Catherine Charrier est née à Alençon dans les années soixante. Ancienne élève de l’École du Louvre et diplômée d’HEC, elle vit et travaille à Paris dans la publicité. Elle est impliquée sur de nombreux sujets ayant trait à la cause des femmes. Son premier roman, L’Attente, publié en 2012, abordait lui aussi l’histoire d’une femme. Par moments, Catherine Charrier devient comme un Philippe Delerm au féminin, l’écrivain des petites choses, mais féminines. La question qui continue néanmoins à se poser, comme pour L’Attente, est de savoir si ces histoires de femmes peuvent plaire aux hommes, qui, il faut bien le dire – et c’est un homme qui le dit -, ne connaissent rien aux femmes.

Mo Yan : un écrivain chinois Nobel de littérature

Le Prix Nobel de littérature a été attribué ce jeudi à Mo Yan, ce chinois nourri à la littérature occidentale, qui n’était pas le favori, remporte le prix tant convoité.
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La surprise du Nobel de littérature

 

Le Nobel de littérature fait décidément le tour du monde, après un Péruvien en 2010, un Suédois en 2011, c’est un Chinois qui remporte le grand Prix Nobel de littérature pour 2012. Pour beaucoup, une femme ou un Nord-Américain était attendu, mais les juges de Stockholm ont sans doute voulu aussi surprendre. Mo Yan écrit « avec un réalisme hallucinatoire. Il unit conte, histoire et contemporain », a relevé l’Académie suédoise.

Mo Yan : prix Nobel de littérature

Qui est Mo Yan? Il n’est pas donné à tous, tous les jours, de lire de la littérature chinoise. De son vrai nom Guan Moye, Mo Yan est né en 1955 au sein d’une famille rurale qui a connu la faim lors du Grand bond en avant (1958-1961). Marquée par les privations dans sa jeunesse, une scolarité perturbée et vite interrompue, en pleine Révolution culturelle, il en témoigne à travers son écriture, et son nom de plume « Mo Yan », qui signifie « ne pas dire ».

 

Mo Yan : ne pas dire

« Il fait partie de ces paysans de familles illettrées qui ont été plus ou moins sauvés par l’armée, en y étant enrôlé et en réussissant à y faire carrière en devenant écrivain », explique Sylvie Gentil, l’une des premières traductrices de l’écrivain. Malgré la censure en Chine, Mo Yan parvient à exprimer la culture et la société chinoises. « Beaux seins, belles fesses », un titre provocateur, fut l’un de ses romans les plus populaires. Amateur de littérature occidentale, russe, sud-américaine et même japonaise, vice-président de l’Association des écrivains chinois, ce qui lui a parfois valu d’être accusé de manquer de solidarité avec la dissidence chinoise, il évoque de sa plume acerbe la politique de contrôle des naissances en Chine, un sujet sensible qui a toutefois cessé depuis quelques années d’être tabou. Mo Yan ne parle que le Chinois. Dans les rendez-vous internationaux, il parle donc très peu. Selon Eric Abrahamsen, un expert américain en littérature chinoise, Mo Yan est un « grand auteur (…) qui rédige le Grand roman de la Chine », tout en étant « très malin quant à ce qui peut ou ne peut pas être écrit ». Car, comme le disait en substance un autre prix Nobel de littérature, « un journaliste s’apprécie à ce qu’il exprime par écrit, tandis qu’un écrivain s’apprécie à ce qu’il exprime mais n’écrit pas. »