Les commentaires foisonnent depuis hier soir sur le premier tour de ces présidentielles 2012. Et comme à l’accoutumée, à l’exception de François Bayrou, tout le monde déclare avoir des raisons de se réjouir du résultat. Pourtant, à bien y réfléchir, c’est à la conclusion exactement contraire que l’on peut légitimement arriver.

présidentielles 2012 : “je retourne ma veste”
François Hollande sera probablement élu dans deux semaines : il aura fallu pour cela les frasques irrépressibles de DSK, l’habile partition du plus petit dénominateur commun au PS lors de la primaire, et l’absence totale de clarté afin de gérer en creux le capital-antipathie du président “sortant”. Pour autant, son score n’a rien d’exceptionnel, celui du total de la gauche non plus, et si la guirlande de trotskystes patentés – avec son clown en chef, Jean-Luc Mélenchon – se sont déjà désistés pour lui, c’est en se bouchant le nez, et en évitant soigneusement de prononcer le nom qui tache du “candidat par forfait, président par défaut“. Autant dire que l’état de grâce risque de durer peu de temps, surtout s’il fait le choix tactique d’introniser la “mère-tape-dur” à Matignon, que l’accouchement des 35 heures dans une vie antérieure achève de déconsidérer par les temps de rigueur obligatoire qui sont, hélas, ceux auxquels sont promis les français qui n’ont fait les choses qu’à moitié.
présidentielles 2012 : un pour tous, tous pour rien
Car en effet, le score “historique” de Marine Le Pen est également un trompe-l’oeil : avec une crise sans précédent de la finance internationale, une faillite avérée de l’Union européenne dans sa version fédéraliste et germanisée, l’ignoble boucherie de Mohamed Merah pendant la campagne, et l’insondable pusillanimité du président sortant sur tous les fondamentaux du souverainisme français, il y avait un boulevard pour celle qui, après avoir hérité du parti et épuré ce dernier de toute opposition interne, ambitionnait d’être au second tour et de mettre à bas le système. Certes, quelques députés de base UMP ne doivent pas en mener large au vu des triangulaires qui se profilent dans leur circonscription au mois de juin, et le parti de l’encore-président se prépare de joyeux débats internes entre les tenants de la négociation de survie de dernière minute, et les hérauts du politiquement correct (et leur égérie, la transparente NKM) dont le seul drame est de ne plus pouvoir sans punition électorale faire une politique de gauche avec des voix de droite…
présidentielles 2012 : Nivellement par le bas
Il n’en demeure pas mois que Marine Le Pen n’est pas au second tour, et que si les turbulences lui sont promises, l’avion UMP n’a pas (pas encore ?) explosé en vol : la recomposition de la droite française – sur les ruines de l’UMP et du FN – risque d’attendre encore, pour peu que des clones du Président sortant nous expliquent doctement que le résultat de cette élection n’est basé que sur le rejet de la personne de Nicolas Sarkozy, et non de tout le système médiatico-politique dont il aura plus que d’autres épuisé tous les charmes, avant d’en subir les avanies.
Quant au Président lui-même, il sauvera quelques meubles par son abattage et par l’amnésie partielle d’une bourgeoisie traditionnelle mi-inquiète, mi-blasée, qui finira par voter pour lui dans le but chimérique d’éviter de voir Guy Bedos et Stéphane Guillon triompher à la télé. Mais son arbre à malice n’empêchera pas sa défaite, et ne cachera pas sa faillite totale, car depuis son élection en 2007 contre une candidate inespérément nulle, il a fait perdre à son camp toutes les élections, au point même – une première ! – de faire passer le Sénat à gauche… Il est vrai qu’on n’est jamais élu ou battu sur un bilan (on créditera essentiellement le Premier Ministre de la réforme des retraites et de quelques autres efforts louables qui ont limité les effets de la crise sur notre pays), mais sur une impression plus ou moins franche qui combine l’envie et la confiance.
présidentielles 2012 : “un pour tous, tous contre lui”
Nicolas Sarkozy aura capté en 2007 des voix sur sa droite … pour introniser hier Kouchner aux Affaires Etrangères, Jouyet aux Affaires Européennes, Benhamou conseiller culturel officiel et BHL conseiller diplomatique officieux à l’Elysée. Pour finir par voir aujourd’hui la quasi-totalité des épouvantails de seconde division de l’ouverture (Hirsch, Amara, et leur ancêtre Aillagon) soutenir Hollande à 10 jours du premier tour… Ce qui n’empêchait pas le locataire de l’Elysée la semaine dernière encore de dire sur un plateau de télé publique que “si c’était à refaire, il le referait” : de quoi assurer, après sa propre défaite, le massacre de ses troupes – mais en-a-t-il vraiment cure ? – aux législatives. Et ce ne sont pas les logorrhées compassionnelles de ses lieutenants aux abois en direction des électeurs du Front National qui y changeront quoi que ce soit. Nihil novi sub sole. Comme disait Ruth, jadis au sujet des présidentielles 2012.


