La France vote la loi pénalisant la négation d’un génocide arménien et regrette la réaction de la Turquie.
Tribut amical par delà la politique politicienne de SARKOZY à son ami de toujours (naguère avocat de Jacques CHIRAC) Patrick DEVEDJIAN, la reconnaissance du génocide arménien était davantage une dette entre amis qu’une mauvaise idée électoraliste ; Alain JUPPE regrette l’une comme l’autre…
Juppé, la tête froide, caresse la Turquie
“La France regrette ces décisions […] La Turquie est pour la France un allié et un partenaire stratégique […] Ce que je souhaite, c’est que nos amis turcs ne surréagissent pas à cette décision de l’Assemblée nationale française” : Alain Juppé a multiplié les déclarations envers la Turquie après le vote du Parlement et l’annonce par Ankara de mesures de représailles diplomatiques et dans le secteur de la coopération militaire. Or selon plusieurs médias, Alain Juppé était en désaccord avec l’opportunité de la proposition de loi notamment à cause de ses conséquences sur les relations bilatérales et l’aurait fait savoir au président de la République. Selon le Canard enchaîné il aurait indiqué que “cette proposition de loi est intellectuellement, économiquement et politiquement une connerie sans nom. On n’a pas à se lancer dans un concours des génocides (…) pour tenter de récupérer les voix des Français d’origine arménienne. C’est ridicule”. Juppé n’a pas confirmé ces paroles, mais a dit s’être “exprimé à plusieurs reprises sur cette question” et que son “point de vue est bien connu”.
La loi qui fait crier la Turquie
Ce raidissement des relations entre la Turquie et la France intervient alors qu’Ankara et Paris s’attachaient au contraire à faire cause commune pour obtenir un arrêt de la répression meurtrière en Syrie. La proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale punit d’un an de prison et de 45.000 euros d’amende la négation d’un “génocide” reconnu par la loi, comme l’est depuis 2001 en France le génocide arménien de 1915 qui a fait de 1 à 1,5 million de morts.
Riposte de Erdogan : La Turquie accuse la France de génocide en Algérie?

Erdogan
Concernant d’éventuelles représailles françaises envers la Turquie, Juppé s’est fait encore très diplomate : “Nous verrons bien et je souhaite qu’on en reste là, si possible” […]
“Les relations entre la France et la Turquie sont des relations étroites et multiples dans beaucoup de domaines et nous avons beaucoup de choses à faire ensemble”. Rappelons néanmoins que la Turquie a rappelé son ambassadeur à Paris.
De son côté, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré : “Malheureusement cette proposition a été adoptée malgré tous nos avertissements (…) Cela va ouvrir des plaies irréparables et très graves dans les relations bilatérales”.
Aussitôt Erdogan n’a pas hésité à appeler à la reconnaissance du génocide algérien, indiquant que la France aurait tué 15% de la population algérienne à partir de 1945.
La France n’est pas le premier pays à se fâcher avec la Turquie ces dernières années. Ainsi, lors de l’affaire de la flottille de Gaza, à la faveur d’une décision de l’ONU reconnaissant la légalité du blocus maritime de Gaza par Israël, Erdogan a t-il menacé de faire escorter la prochaine flottille par la marine turque.
Il ne fait aucun doute qu’un bras de fer diplomatique s’est définitivement engagé entre Erdogan et Ahmadinajad pour prendre la tête du monde arabe, chaviré par les révolutions du printemps et en quête désormais d’une figure charismatique du pouvoir, métonyme contemporain de Salah ad Din. Pour autant, semble qu’Erdogan est davantage dominé par l’amour propre que par une véritable grandeur digne d’incarner un pouvoir légitime au coeur des mondes arabo-musulmans.
A cet égard certains n’hésitent plus à qualifier la politique de la Turquie de néo-ottomane.

