
L’affaire des fuites au Bac S où trois personnes ont été mis en examen pourrait engendrer une crise de l’institution bicentenaire et la rupture de l’égalité des chances devant un examen.
Fuites au Bac : garde à vue de deux frères de 21 et 25 ans et leur complice
Dans l’affaire des fuites sur le sujet du Bac S, deux frères de 21 et 25 ans ont été placés en garde à vue, jeudi 23 juin, des chefs de fraude aux examens, recel et abus de confiance, dans l’enquête préliminaire conduite par le parquet de Paris sur plainte du ministre de l’éducation Luc Chatel. Un troisième mis en examen soupçonné d’avoir fourni le cliché publié sur internet la veille de l’épreuve serait interrogé par la brigade de répression de la délinquance contre la personne.
D’autres fuites au Bac sont rapportées et porteraient sur l’épreuve de science et vie de la terre de la série S, les épreuves de physique et d’anglais de la série S, l’épreuve d’histoire géographie dans la série ES.
Les élèves auraient reçu, par avance, des SMS leur révélant une partie de l’énoncé des exercices. La question de l’annulation de plusieurs épreuves du Bac pourrait être à l’ordre du jour.
Fuites au bac : Rupture de l’égalité des chances, la décision du ministre pourrait être annulée par les juridictions administratives
La fuite avérée, à l’origine de la prévention, porte sur l’énoncé du problème de probabilité de la série S, noté sur 4 points, disponible sur Internet la veille de l’épreuve. Si bien que le ministère de l’éducation nationale a décidé de ne pas annuler l’épreuve qui concernait 65 000 élèves. Décision contestable en ce qu’elle engendre – à n’en point douter – une rupture d’égalité entre les élèves devant la réussite de l’épreuve. En effet, les élèves qui n’avaient pas bénéficié du recel de la substance du sujet de probabilité et qui auraient réussi l’exercice ne perdent-ils pas une chance de comptabiliser 4 points dans l’épreuve assortie du plus fort coefficient dans la série S ? Ne mépriserai-t-on pas le principe d’égalité des chances en recalant au baccalauréat un élève qui aurait eu son bac en poche si l’exercice de probabilité avait été comptabilisé dans sa moyenne ?
A bon droit, une mère de famille a dès à présent déposé un recours devant le Conseil d’Etat qui a décliné sa compétence au profit de la juridiction administrative pour une question de pure forme. La question de la recevabilité de pure forme ne doit pas éluder la question de droit – qui n’a pas été étudiée par le Conseil – dont l’issue ne peut faire aucun doute : la décision administrative de ne pas comptabiliser l’exercice de probabilité au baccalauréat de la série S engendre une rupture d’égalité devant l’épreuve de mathématique : l’équilibre des chances étant rompu en défaveur des bons élèves de probabilité. Il va sans dire que la juridiction administrative ne saurai mépriser le principe général du Droit d’égalité des chances devant la réussite à un examen. En foi de quoi, il serai équitable d’accorder une seconde chance aux élèves qui, succombant à l’examen, justifient de la perte d’une chance du fait du défaut de comptabilisation de l’exercice de probabilité.
Les fuites au Bac, occasion de relire Gargantua de François Rabelais
L’occurrence de ce cas de fraude lève le voile sur la fragilisation d’une institution bicentenaire de la République dont l’organisation est devenue inadaptée à l’explosion des nouvelles technologies de l’information. Par delà l’institution du baccalauréat c’est le système de l’éducation nationale lui-même qui est fragilisé. L’éducation nationale doit consentir des efforts d’adaptation drastiques si elle ne veut décatir. Des élèves qui trichent autrement, apprennent autrement, progressent autrement doivent recevoir une éducation plus humaniste : L’exemple classique revêt une acuité particulière à la lumière de cette affaire de fraude mathématique. Dans le droit fil de la pensée de Rabelais l’on pourrait souhaiter que l’éducation devienne plus humaniste :
“Ainsi il se prit de passion pour la science des nombres, et tous les jours, après diner et souper, ils y passaient leur temps aussi agréablement qu’il le faisait avant avec les dés ou les cartes. A force, il devint si savant en cette discipline, aussi bien théorique que pratique, que l’Anglais Tunstall, qui en avait abondamment disserté, confessa qu’en vérité, par rapport à lui, il n’y entendait que les rudiments.” Gargantua : Chapitre 21 : L’éducation idéale des humanistes.
Jouer, apprendre et passer son Bac sur internet, à l’instar des examens que fait passer Google en ligne, éviterai de creuser les déficits, d’accroître la masse des échecs scolaires et les fuites au bac, à quand le “Google-bac” ?


