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Egypte : l’après Morsi… 50 ans de lutte dans le monde arabe



L’Egypte a vécu ce que certains décriront comme une nouvelle révolte ou révolution mais qui s’assimile également à un nouveau coup d’Etat. Mohamed Morsi a été écarté du pouvoir par l’armée suite à son ultimatum. Adli Mansour derait le remplacer provisoirement à la tête de l’Etat.manifestations-egypte

Nouveau gouvernement en Egypte

Des consultations ont commencé pour former le nouveau gouvernement. Le chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA), Abdel Fattah al-Sissi, est aujourd’hui de fait le nouvel architecte de la transition égyptienne et a promis une remise en ordre rapide des institutions. L’armée a fixé une “feuille de route” qui prévoit un président par intérim, un gouvernement provisoire, l’élaboration d’une nouvelle Constitution et l’organisation d’élections présidentielle et législatives. C’est dès à présent le président de la Haute cour constitutionnelle, Adli Mansour, qui remplace Mohamed Morsi à la tête de l’Etat jusqu’à l’élection présidentielle, il a prêté serment dès jeudi matin tandis que des consultations ont déjà commencé pour former le nouveau gouvernement.

L’opposition en Egypte

Le nouveau président égyptien, Adli Mansour, jusqu’à présent à la tête de la Haute Cour constitutionnelle, est un magistrat à la longue carrière, âgé de 67 ans, il a été nommé en mai dernier par Mohamed Morsi lui même ! Certains observateurs pensent qu’il a probablement été choisi par les militaires pour sa figure neutre. “Ce qui est paradoxal dans ce choix, c’est que l’armée a décidé de sortir de la légitimité constitutionnelle pour confier le pouvoir à celui qui est chargé d’appliquer la Constitution !”, a observé Clément Steuer, chercheur au Cedej, spécialiste des institutions égyptiennes. L’armée aurait surtout choisi un juge compte tenu de l’opposition connue des juges aux Frères musulmans. Adli Mansour aura le pouvoir d’émettre des déclarations constitutionnelles, de former un gouvernement de technocrates et de former une commission chargée de réviser les amendements constitutionnels proposés à la Constitution suspendue provisoirement

L’armée s’est associée à un large éventail de forces politiques, civiles, religieuses et populaires pour fonder la légitimité de son action, et éviter de paraître uniquement comme l’organe de destitution de Mohamed Morsi. Les modalités de la feuille de route ont été finalisées avec Mohamed el-Baradei – désormais représentant officiel de l’opposition -, des membres du mouvement “Tamarodd” – principal organisateur des dernières manifestations -, ainsi que Tawadros II, le patriarche des coptes orthodoxes d’Egypte et le cheikh Ahmed al-Tayeb, l’imam de la mosquée Al-Azhar, la plus haute institution de l’islam en Egypte.

L’Egypte dans la même lignée : armée et nationalisme arabe vs Frères musulmans

Mais la situation en Egypte a-t-elle vraiment changé? Au fond, ce rebondissement, la destitution de Mohamed Morsi, représentant des Frères musulmans, un an à peine après sa prise du pouvoir, si elle apparaît comme un événement majeur à court et moyen terme, n’est à long terme qu’une des multiples destitutions qui touchent l’Egypte et le monde arabe depuis les années 50 et 60.

Si on observe les événements de façon plus large, on constate que la chute des Frères musulmans après celle de Moubarak, n’est en réalité qu’un nouvel épisode dans la lutte que mènent, l’un contre l’autre, le nationalisme militaire arabe, dont la plus grande figure fut Nasser, et les Frères musulmans. Ce n’est qu’un épisode de plus dans l’affrontement entre les deux grands courants idéologiques du monde arabe : le nationalisme arabe laïcisé et l’islamisme. Un affrontement qui a eu lieu et a toujours lieu un peu partout en Irak, en Syrie, en Egypte, etc, avec, évidemment, ses variantes locales.

L’armée reste, même si elle prend le visage de Baradei ou d’Abdel Fattah al-Sissi, l’héritière de l’ère Nasser, Sadate, Moubarak. Quant à la direction de la confrérie des Frères musulmans, elle est pour l’heure pratiquement décapitée. Mohamed Morsi a été emmené au ministère de la Défense, et toute son ancienne équipe présidentielle a été placée en résidence surveillée au club de la Garde républicaine de la présidence. 300 mandats d’arrêt ont été lancés contre des membres du mouvement islamiste, parmi lesquels le guide suprême de la confrérie Mohamad Badie et son éminence grise Khayrat el-Chater ainsi que Saad al-Katatni, le chef du parti des Frères musulmans Liberté et justice. Et de fait, par la suspension de la Constitution, les Frères musulmans perdent aussi le Sénat où ils jouissaient de la majorité absolue. Mais pour l’instant, rien n’interdit encore aux Frères musulmans de se présenter aux prochaines élections et ils disposent toujours de la majorité au Parlement.

La situation en Egypte, malgré ses variantes locales, n’est qu’une nouvelle illustration de la lutte au sein du monde arabe.

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Misha Uzan

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