
CK : Emmanuel Gadaix bonjour.
EG : Bonjour.
CK : Pouvez-vous nous dire ce que vous faisiez chez Megaupload?
EG : J’étais Directeur technique de Megapay, société prestataire de service pour Megaupload, qui s’occupait des paiements par téléphone portable sur Megaupload.
CK : Depuis quand?
EG : Megapay a été lancé le 1er avril 2010, si je me souviens bien.
CK : Sur la France?
EG : Sur 32 pays. Je suis responsable technique sur 32 pays. Mais la France en effet, est un de plus gros marché.
CK : Vous ne vous occupiez que de la technique chez Megaupload?

EG : Mon poste c’est Directeur technique. Je suis technicien avant tout. Mais mes responsabilités m’amènent évidemment à avoir une équipe de développement, à faire du managment.
CK : En tant que Directeur technique, connaissiez-vous personnellement et avez-vous rencontré les responsables de Megaupload, notamment ceux qui ont été arrêtés en Nouvelle-Zélande?
EG : Je les connais oui en effet, mis à part Andrus que je n’ai jamais rencontré. Je connais Kim depuis près de 20 ans, c’est lui qui m’a contacté pour me demander de travailler pour Megaupload, de mettre en place Megapay, les paiements par téléphone.
CK : Dites-en nous plus.
EG : Dans la deuxième moitié de 2009, je sortais d’un poste de responsabilité chez NSN (Nokia Siemens Network), Kim m’a contacté pour Megaupload, je suis parti pour Hong Kong, j’ai étudié le dossier, j’ai fait une étude de marché pour Megaupload et début 2010 on a commencé. Un ami anglais s’occupait de la partie business et moi de la partie technique.
CK : Mais aviez-vous un regard sur le contenu de Megaupload, qui est un site de partage de fichiers en premier lieu?
EG : J’étais le Directeur technique de Megapay, je ne m’occupais que de la partie paiements par téléphone, la partie technique, les relations avec les opérateurs téléphoniques. Megapay était un prestataire de service comme je vous l’ai dit, je n’avais pas de regard ou de contrôle sur le contenu du site en soi.
CK : Mais vous deviez en avoir une idée… avez-vous eu connaissance de contenus piratés sur Megaupload?
EG : Lorsque j’ai été contacté par Kim, j’ai posé des questions, j’ai évidemment demandé en quoi consistait Megaupload. Or il vous faut bien le comprendre, Megaupload a commencé comme un service pour pouvoir conserver en ligne de gros fichiers, puisque l’email ne pouvait pas les contenir. Ca a commencé comme ça. Et puis ça a grossi, et Megaupload est devenu, d’une certaine façon, victime de son propre succès. Tout le monde sait que certaines personnes utilisent internet et les partages de fichiers pour y mettre des contenus piratés, mais en tant que plateforme de mise en ligne de fichiers et de partage de fichiers, Megaupload ne pouvait pas contrôler tout ce que les gens mettaient dans leurs propres fichiers, ce qu’ils faisaient avec leur propre compte, je ne suis pas sûr que ce serait légal d’ailleurs, l’utilisateur a évidemment le droit à sa vie privée, c’est très complexe, autrement ce serait un peu comme si vous lisiez le contenu des mails des gens, vous imaginez?
Le rôle de Megaupload était d’offrir une plateforme de mise en ligne de fichiers. Et j’ai toujours eu l’impression que Megaupload travaillait dans les limites de la légalité, dans le complet respect de la loi. En grandissant, Megaupload a dû se doter d’avocats bien entendu, ériger des paramètres, mais lorsque j’y suis entré, Megaupload n’avait jamais été mis en cause par la justice, comme je le signalais encore au Sénat le 11 janvier.
CK : Justement. Que faisiez-vous au Sénat le 11 janvier, étiez-vous le représentant de Megaupload?
EG : Dans le cadre d’une table ronde sur “Comment concilier liberté de l’internet et rémunération des créateurs”, Megaupload a été invité par le Sénat. C’est Kim qui a reçu l’invitation. C’est en tant que français qu’il m’a chargé d’aller au Sénat pour présenter Megaupload, nos innovations technologiques, nos propositions pour rémunérer directement les créateurs.
CK : Mais vous n’êtes pas le représentant de Megaupload, le délégué de Kim Dotcom?
EG : Non comme je vous l’ai dit, il m’a chargé d’y aller parce que je suis français et donc francophone.
CK : Mais vous êtes un technicien.
EG : Tout à fait. Toute ma carrière est purement technique.
CK : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre carrière? Qu’avez-vous fait avant Megaupload? Au fond, qui êtes-vous Emmanuel Gadaix (sourire)?
EG : Eh bien, que vous dire (sourire)! Je suis né à Neuilly sur Seine. J’ai fait mes études en France où j’ai obtenu un DESS en mathématiques. Ensuite, après un stage de fin d’études en Guadeloupe à la Caisse des Dépôts et Consignations, j’ai fait mon service militaire comme coopérant en Suède.
CK : Vous avez fait votre service militaire dans l’armée française?
EG : Tout à fait. Plus exactement, l’armée m’a chargé d’être coopérant en Suède, pour une société civile française. C’était une forme de service civil, à l’époque on appelait ça VSNE (volontaire service national en entreprise). C’était une boite d’automation industrielle.
CK : Et ensuite?
EG : Ensuite j’ai voulu me relâcher un peu, prendre l’air. Je suis parti en Thaïlande où je vis encore principalement. Je suis expatrié depuis 1991. Et puis j’ai trouvé du travail en Thaïlande.
De 1994 à 1997, j’ai travaillé pour Nokia en Thaïlande. Dans le cadre de ce travail j’ai été amené à voyager énormément : aux Philippines, en Malaisie, à Singapour, à Hong Kong, c’était à l’époque les débuts de la révolution mobile et je me suis spécialisé dans cette technique, dans l’implémentation et l’opération des systèmes de réseau GSM. En tant qu’ingénieur, j’ai fait ma carrière dans les Télécom.
CK : Et après Nokia?
EG : En 1997, j’ai créé ma première boite de sécurité informatique, Siam Relay Ltd. J’en étais le directeur technique. Nous travaillions avec les banques, les gouvernements et les télécom pour des audits de sécurité. Nous avons fait une plateforme de paiement pour une banque, ce qu’on appelle une “paiement gateway”. C’est un projet similaire à celui que j’ai fait ensuite pour Megapay. Notre entreprise a d’ailleurs reçu en 2000 la médaille d’argent de la meilleure petite entreprise française à l’étranger. J’étais toujours en Thaïlande.
Peu après, la boîte a ensuite été rachetée par une société américaine. Mon co-fondateur y a travaillé et moi, j’ai décidé de faire du consulting en télécom et sécurité des systèmes de télécommunications. J’ai travaillé notamment pour Reuters à Londres, pour Orange – France Telecom en Thaïlande, pour PricewaterhouseCoopers en Thaïlande, pour GrameenPhone au Bangladesh, pour Lucent Technologies en Israël, ou encore pour Vozio Inc au Panama, pour TSTF à Hong Kong puis à Singapour, pour O2 à Dublin, et à nouveau pour NSN Nokia Siemens Networks en Iran.
CK : Vous avez beaucoup voyagé …
EG : Ca fait partie de mon travail. Et en 2009 j’ai fait une petite pause, avant de travailler pour Megaupload, comme je vous l’ai dit.
CK : Vous ne manquez pas d’expérience en effet.
Pour terminer, Emmanuel Gadaix, que dites-vous de la rumeur qui prétend que les arrestations des dirigeants de Megaupload seraient liées à un nouveau service de Megaupload, qui aurait été un concurrent légal de itunes?
EG : Ce n’est pas une rumeur. Je peux vous donner des faits précis et le timing. Nous allions lancer ce service, Megabox, qui devait être lancé exactement samedi dernier, le 21 janvier. Et la veille, les responsables de Megaupload ont été arrêtés. J’en avais moi-même parlé au Sénat le 11 janvier. Nous allions lancer un service permettant aux artistes de se produire sur le web directement avec un modèle de rémunération directe des artistes. Nous avions d’ailleurs lancé le mois dernier la Megasong, qui a coûté 3 millions de dollars de production à Megaupload. Les plus grands artistes américains de la musique y ont participé : Alicia Keys, Snoop Doggy Dogg, Will I am, etc. C’est à partir de là que les choses se sont compliquées semble-t-il.
CK : C’est-à-dire?
EG : Nous avions mis le clip sur You Tube et Universal Music l’a fait enlever.
CK : Comment ça?
EG : Il existe un système de takedown sur You tube pour faire enlever des vidéos. Mais dans ce cas, Universal l’a fait purement et simplement enlevé sans raison. Nous avons engagé un procès contre Universal en Californie depuis le mois de décembre, et à cette occasion nous avons appris qu’Universal peut enlever les vidéos qui lui plaît sur You Tube, ils ont un deal entre eux.
CK : Mais ils ont le droit de faire ça?
EG : Eh bien c’est très curieux en effet. Et si vous regardez bien le timing de l’arrestation des responsables de Megaupload, c’est très louche. Je peux vous dire que ces histoires de blanchiment d’argent et de racket, qui sont des accusations très lourdes, sont un moyen de faire extrader les responsables vers les Etats-Unis, mais il n’y a rien de tout cela à Megaupload.
CK : Et alors pourquoi les aurait-on arrêtés?
EG : Je pense que Megaupload dérangeait des groupes d’intérêts de la musique qui sont des puissances financières énormes, qui veulent conserver leur monopole et qui ont les moyens de faire pression.
CK : Y compris sur la justice américaine et le FBI?
EG : C’est plus courant que vous ne semblez le croire. Ces géants ont des moyens extrêmement puissants. Je crois que c’est plutôt dans ce sens qu’il faut regarder.


au secours! que pouvons nous faire, nous les internautes Lambda, a part boycottez définitivement Universal et ses camarades?