Un drapeau français de plus au ciel… Abitbol.

On ne devrait jamais partir en vacances. On part sous des cieux plus Clément, des températures plus avenantes, et puis on rentre. On retrouve une pile de courrier, un amas de factures, et une pochette plus ou moins pleine de surprises, parfois bonnes, souvent mauvaises. C’est peu de dire que la mort de William Abitbol fait partie de ces dernières.

Son départ prématuré, imprévisible, imparable, laisse ceux qui l’ont connu comme fauchés en plein rire partagé, comme privés de la fin d’une tirade désabusée et drôle, comme douchés par les dégâts collatéraux d’une nappe arrachée en plein repas…
William Abitbol a eu plusieurs vies, que lui ont autorisées sous ses airs débonnaires les multiples facettes de sa personnalité complexe, tour à tour anguleuse ou généreuse : du militant d’Occident au gaulliste incandescent, pour finir par l’ultime pas de deux avec François Bayrou finement appréhendé comme le chef potentiel d’une « jacquerie » nationale hélas avortée, Abitbol, sous son allure de pétaradant trublion touche-à-tout – après avoir, lorsque la politique s’était éloignée, tenu d’une main de maître un restaurant parisien, il s’était fait vénitien ce qui était, m’avait-il dit lors de notre dernière conversation, « une activité à plein temps » … – n’a eu finalement que deux passions, le peuple et la France, ce qui dans son esprit, ne faisait qu’un. Il les a servis intensément, avec toute une série de caractéristiques « gauloises » – panache, impatience, courage, impulsivité, inconstance, inspiration, entêtement, hypersensibilité, négligence, style, paresse… – qui faisaient de ce bretteur ardent fils d’un juif tunisien et d’une croate évanescente un « d’Artagnan » de synthèse, un cadet prompt à tirer la plume de son stylo et à arroser de vin de Gascogne son dernier irrépressible bon mot qui allait justifier ses prochaines querelles.

Car au firmament des génies de la formule, des créateurs instinctifs de raccourcis céliniens, la carpe Abitbol partage paradoxalement la première place avec le lapin de Villiers, ces deux-là même qui, après avoir été éphémèrement réunis dans la flamboyante aventure des européennes de 1999, ont mis tout leur talent à casser un jouet qu’aucun ne souhaitait réellement partager.
On a tout dit sur l’histoire passionnée qui unit Charles Pasqua et William Abitbol, provenant de plumes plus autorisées que la mienne : le torrent relationnel entre un « père de rechange » et un « fils qu’on aurait aimé avoir », tous les clichés – pas forcément si faux dans le cas d’espèce – y sont passés. J’ajouterais juste – sans pour autant qu’une telle hypothèse n’atténue l’étrange peine qui est la mienne en achevant ces lignes – qu’après le départ de Charles Pasqua et la perspective d’une France n’ayant définitivement plus rien à voir avec celle qu’il avait chérie et idéalisée, plus rien peut-être d’assez fort – sinon ses proches – ne rattachait suffisamment à la vie cet esprit libre, ce condensé de culture, ce rire en surabondance sous un regard triste.
Finalement, c’est peut-être lui qui est parti sous des cieux plus cléments, où flottent encore des drapeaux tricolores remontés des champs de bataille glorieux et des vallons arqués où se façonne le bon vin.

Ollivier GIMENEZ ESPINOS

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