Chasse aux trésor en Birmanie : rubis et saphirs de Mogok.

A plus de 1100 mètres d’altitude 200 km au nord de Mandalay, la vallée des rubis dévoile un paradis minéral, principale source mondiale de rubis, de saphirs, de lapis lazuli depuis 2000 ans, Mogok : Jerusalem des pierres.

Myanmar Gemologist U Win Htwe, FGA, FGG from Mogok meeting Dr Gubelin in Emporium Yangon.

Myanmar Gemologist U Win Htwe, FGA, FGG from Mogok meeting Dr Gubelin in Emporium Yangon.

 

 

Les rebelles du TNLA n’hésitent plus à tirer sur les convois en direction de Mogok : résiliants malgré l’arrivée au pouvoir de la ligue démocratique d’Aug San Suu Kyi, ils veulent à toute force devenir majoritaire dans l’état Chan aux dépends des 100 autres ethnies dont les chrétiens Lisu, Palaung, Gurkas et Karen, les Kuki…

Par David NATAF. GIA GD, GCS, AJP.

Le nouveau gouvernement, quant à lui, semble toujours rechercher la ligne politique de moindre résistance face au géant chinois entre protectionnisme nécessaire, nationalisme impossible et libre-échange impensable.

Les ambitions nucléaires de la junte, quant à elles, n’ont pas décrues et la découverte d’uranium, à Mogok, au coeur du paradis minéral de la vallée des rubis, renforce la détermination de l’armée de se doter de l’énergie nucléaire certainement et de l’arme éponyme prochainement.

Des lois nouvelles se fondent sur la protection de l’environnement pour chasser les mineurs de Mogoks et les contraindre à s’établir en dehors de la ville mais réservent aux seuls citoyens birmans le bénéfice des concessions minières afin d’en écarter les chinois. L’on ne saurait être plus vertueux en bonnes intentions. En effet, la pollution des nappes phréatiques causée par certaines exploitations minières privent effectivement les villageois d’un accès permanent à l’eau potable ; mais depuis 2000 ans d’excavations de rubis « Sang de Pigeon », de saphirs « bleu royal », ni les britanniques, ni le gouvernement japonais, ni les généraux de la junte ne se sont souciés d’étancher la soif des villageois de Mogok. Aung San Suu Kyi ferait elle franchir une étape nouvelle à la Birmanie sous l’angle environnementale et la santé publique ?

Rien de nouveau sous le soleil devenu démocratique de Mogok.

Les villageois frappent toujours le même marbre déposé par les mines pour en extraire des rubis.

Les courtières en pierres précieuses, le plus souvent népalaises, s’y fournissent à bon compte et s’appliquent un généreux coefficient de 10 au prix d’achat.

Mogok.

Les mines licites du gouvernement voisinent les filons alluviaux et privés ; on creuse même sous les maisons, dans les jardins, partout où Napidaw n’ira prélever sa dîme.

alluvial mining in Mogok

La foule de marchands se presse pour proposer ses gemmes au marché de Mogok.

Marché aux pierres précieuses Mogok

Les lapidaires de Mogok , quant à eux, sont toujours les véritables artistes qui parviennent à illuminer les gemmes en révélant et en mithridatisant couleurs, tons et saturations les plus proches des idéaux esthétiques et des pratiques commerciales.

Le lapidaire examine le corindon brut pour placer la table.

Le Maître-Tailleur, PIONE, examine le brut pour placer la table.

Les gemmes facetables sont taillées avec un outil traditionnel formé dans la corne de buffle. Le brut préformé sera fixé au support avec de la cire à cacheter, les facettes formées sans instrument, au jugé.

 

 

 

Khin Ohn Myint, « princesse de Mogok » déploie toujours sa générosité à l’endroit des villageois, des mineurs, de leurs enfants suppléant l’absence totale d’état providence à Mogok. Depuis son bureau de la croix Rouge la directrice de la mine Baw Mar, qui fournit 80% des saphirs birmans organise distributions de vivres et d’abris pendant les inondations, fourniture d’électricité aux villageois, dispensaires de fortune.

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Le 1er mai où tout le monde chôme, Khin Ohn Myint organisait des cours de premiers secours d’urgences au coeur du plus grand monastère de Mogok pour être en mesure de sauver les accidentés nécessitant les soins les plus urgents.

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La couleur d’une gemme est la clef de sa valeur vénale. Sang de pigeon pour les rubis, « bleu de roi (« royal blue ») pour les saphirs peuvent atteindre 5000$ le carat à Mogok et le triple à Genève, Tokyo, New York ou Londres. Le prix des rubis et saphirs de Mogok, à qualité égale, surclasse désormais celui des diamants en salle de ventes, chez Christies, Bonhams.

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C’est pourquoi, aussi, les laboratoires d’expertise qui détiennent le sésame de l’estimation du prix des gemmes voudraient détenir aussi – contre la raison et le droit – la propriété intellectuelle des appellations génériques plusieurs fois séculaires à l’instar de « Royal Blue » ou « sang de pigeon ».

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S’agissant de la loi sur l’externalisation des mines de Mogok concomittante à la découverte d’uranium, l’on pût légitimement s’interroger sur les intentions réelles du législateur birman à l’aune de l’élargissement des Rohingyas par le biais de la déchéance de la nationalité : l’enjeu réel était-il la protection de l’environnement et du paradis minéral de Mogok ou la nationalisation des richesses minérales birmanes ? Depuis l’arrivée au pouvoir de Aung San Suu Kyi, peut-on être rassuré ?

Descendants de commerçants et soldats arabes installés depuis le 8è siècle dans l’Etat Arakan, les Rohingyas, sont rattachés en 1948 à la Birmanie.

En 2012, des affrontements inter-ethniques entre Rohingyas et adeptes du moine nationaliste Ashin Wirathu fournissent à la junte militaire Birmane l’occasion d’exclure définitivement les rakhines de la nation Birmane si bien que les lois ethno-religieuses les plus récentes ne leur laissent d’autre choix que leur déracinement du sol de l’Arakan par adoption administrative de l’ethnie Bengali ou le cantonnement dans des camps d’apatrides.

A l’examen, ni l’ethnie aryenne ni la religion musulmane des Rohyngias n’offrent d’explication valable à la déchéance de la nationalité : depuis l’aube des temps les musulmans mènent une existence paisible parmi la centaine d’ethnies birmanes dispersée de Mandalay à Rangoon et ne ressentent aucune solidarité d’avec les Rohingyas non plus que de tentation djihadiste pour l’instant (que les talibans Al Zawhiri et Ehsanullah Ehsan voudraient leur faire épouser à toute force pour créer un prometteur Califat englobant Siam et Bengal).

En réalité, l’élargissement physique et civique des Rohingyas vise à priver les indigènes de l’Arakan de la possession, fût-elle précaire, des terres qu’ils occupent depuis 12 siècles.

La privation du droit à la Citoyenneté et le rattachement à l’ethnie Bengali a pour effet de déchoir les Rohingyas du droit à la propriété privée en sorte que leurs terres en déshérence retombent naturellement dans le domaine public : cyniquement, il s’agit d’une simple expropriation…

Or, les terres Rakhines regorgent de gaz naturel et de métaux lourds, de titanium, d’aluminium et d’uranium au nord de l’Arakan, à Sittwe (ancienne Akyab), Rathedaung et Maungdaw, plus spécialement au coeur des villes des Rohingyas…

L’option stratégique de la junte militaire birmane pouvait être de débarrasser les ressources minérales de l’arakan de toute possibilité d’appropriation juridique ou de revendication historique, dans le seul but d’enrichir paisiblement l’uranium nécessaire au programme nucléaire, conjointement financé par un gazoduc réservé à la Chine et la concession des métaux lourds à différentes minières internationales.

Pourquoi en irait-il t-il différemment de Mogok ?

Le gouvernement où siège Aung San Suu Kyi semble vouloir agir différemment à Mogok : les birmans se voient garantir par la loi l’exclusivité des concessions minières et il faut continuer d’espérer que ce paradis minéral sera préservé le plus longtemps possible d’une exploitation d’uranium sur la montagne « kyayni » à des fins militaires ou civiles peu importe.

 

 

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