L’Etat islamique (Daesh) à Gaza

Pour la troisième fois en moins d’une semaine, l’alerte aux roquettes a retenti jeudi soir dans les environs de la ville d’Ashkelon, au sud de l’Etat d’Israël et à proximité de la bande de Gaza. Le Hamas se fait-il déborder par l’Etat islamique?

Salafistes ou Etat islamique?

Le tir de roquette, le troisième en une semaine, qui a fait retentir jeudi soir les sirènes dans la région d’Ashkelon, au sud d’Israël, a été revendiqué par des salafistes se revendiquant de l’Etat islamique. Le même Etat islamique, également appelé Daesh, serait à l’origine de plusieurs attaques contre Israël ces dernières semaines, mais aussi à l’intérieur de la bande de Gaza. Le groupe à Gaza aurait également menacé de destruction le Hamas au pouvoir, un groupe islamiste filiale des Frères musulmans, s’il ne cessait ses arrestations de salafistes. La vieille guerre entre islamistes repart de plus belle, comme en Egypte, comme ailleurs dans les pays d’occupation arabe, entre les Frères musulmans et leurs filiales, qu’on qualifie aujourd’hui d’islamistes, et qui prône tout autant un règne mondial musulman, un califat, le règne de l’islam, mais qui sont prêts à le faire par étapes, tandis que ceux qu’on distingue aujourd’hui en les appelant salafistes sont des partisans de la guerre immédiate, partout et maintenant. Mais ces salafistes se divisent eux-mêmes en multiples groupes, très proches idéologiquement, mais qui peuvent avoir quelques conflits d’intérêts voire de conception religieuse ou idéologique en fonction des cas, de la géographie, de leurs financements, etc. si bien que dans tout cet imbroglio, on ne sait plus vraiment ce que signifie quoi. Car les experts eux-mêmes affirment que la prétention d’appartenir au groupe Etat islamique ou Daesh affirmée par les salafistes de Gaza, est purement fantasmagorique. Il s’agirait d’une adhésion idéologique, d’une volonté de se revendiquer d’un groupe très à la mode et aujourd’hui mondialement connu et en vogue, mais il n’existerait aucun contact direct, financier ou organique entre les salafistes de la bande de Gaza et l’Etat islamique. Et pourtant …

L’Etat islamique à Gaza ?

Et pourtant, le simple fait de se revendiquer de l’Etat islamique peut avoir des conséquences pour les salafistes de Gaza. Il convient en effet de réussir à comprendre qui sont précisément les tireurs. en effet, le principal groupe salafiste dans la bande de Gaza se nomme Djihad islamique. A l’origine de nombreux tirs sur la population civile israélienne pendant la dernière guerre de Gaza, il a pour habitude de tenter de dépasser le Hamas en étant encore plus extrémiste et terroriste que oui. Comme quoi, tout est possible. L’Etat islamique viendrait encore le doubler dans l’extrémisme, concurrençant les plus grands extrémistes mondiaux de tous les temps. Mais surtout, il est de notoriété publique que le Djihad islamique, bien que groupe sunnite, a été et est financé par l’Iran. Or l’Etat islamique est, au moins officiellement, en guerre avec l’Iran. On constate qu’il existe ici une différence idéologique de taille entre deux groupes salafistes sunnites extrémistes, comme nous le mentionnions plus haut. Si des terroristes du Djihad islamique rejoignent l’Etat islamique, cela pourrait en effet remettre en cause le financement de l’Iran, ou à défaut, la stratégie du grand frère Etat islamique ou Daesh en Syrie et en Irak. Le Djihad islamique renoncerait-il à l’aide de l’Iran? Daesh serait-il au contraire prêt à bénéficier de l’aide de l’Iran à Gaza tout en continuant à le défier en Irak? Et à combattre les milices chiites d’Irak? Ou bien les théories, soutenues par certaines sources, qui veulent que Daesh est un produit de l’Iran, redeviennent-elles crédibles? autant de questions qui restent pour l’instant sans réponse.

Hamas, Arabie saoudite, Etat islamique et Iran

Mais la recrudescence de ces tirs, à en croire les analystes israéliens semblent aussi s’inscrire dans le conflit local entre le Hamas et les salafistes djihadistes dans le cadre du conflit plus large entre l’Arabie saoudite et l’Iran, qui prend une forme quasi-directe au Yémen depuis l’intervention de l’Arabie saoudite contre les Houtis soutenus par l’Iran. Selon certains spécialistes, le Hamas, en partie lâché par le Qatar suite à des pressions internationales (pas totalement, mais partiellement) chercherait en effet à se positionner dans le camp de l’Arabie saoudite, ne serait-ce que temporairement, dans le grand conflit qui oppose ces deux puissances musulmanes. Face à ce repositionnement, le conflit latent avec les djihadistes du Djihad islamique, qui restent fidèles à l’Iran, connaîtrait une nouvelle crise, les tirs sur Israël n’étant qu’une façon d’amener Israël à réagir et à mettre dans l’embarras le Hamas, pris entre le fait qu’Israël le tient responsable de tout ce qui se passe dans la bande de Gaza puisqu’il en a le pouvoir et le contrôle, et la volonté de ne pas paraître comme trop coopératif avec Israël auprès des extrémistes de tous bords au sein de la bande et dans son propre camp.

Cette théorie toutefois plaide pour un conflit assez classique entre le Hamas et le Djihad islamique. Mais nous l’avons mentionné plus haut, si une affiliation même idéologique uniquement, quant au rapport avec l’Iran, se creuse, elle pose alors les questions posées plus haut sur la question des relations avec l’Iran.

 

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