Le PDG d’Orange rêve de boycotter Israël, mais seulement Israël

Les propos du PDG d’Orange ont suscité une levée de boucliers en Israël. A tel point que les deux roquettes, tirées hier soir depuis la bande de Gaza, par des salafistes qui se revendiquent de l’Etat islamique, sont presque passées à la trappe, ont du moins laissé la première place dans les journaux à l’affaire Orange.

Le PDG d’Orange, Israël et la France

Les relations entre Israël et la France, quelque peu en dents de scie en fonction des sujets, n’avaient peut-être pas besoin d’une affaire supplémentaire. Mercredi, en visite au Caire, le PDG d’Orange – France telecom a provoqué une levée de boucliers en Israël.

Stéphane Richard a en effet tenu des propos contestés dans une conférence au Caire mercredi. Il a invoqué des raisons économiques et financières pour dire : « Notre intention est de nous retirer d’Israël » avant d’ajouter qu’il romprait « demain matin » les relations avec Partner si Orange ne s’exposait pas à des « risques énormes » de demande de dédommagement.

Ces propos ont été très mal accueillis en Israël où Orange est lié au groupe Partner par contrat de licence permettant à Partner d’utiliser la marque et l’image d’Orange en échange d’une redevance. Le contrat a été signé en 1998, deux ans avant le rachat d’Orange par France Telecom. Orange a récemment fait amender le contrat, jusqu’alors illimité, pour qu’il expire en 2025.Les propos de Stéphane Richard remettrait en cause ses relations avec Partner.

« La face noire d’Orange »,a titré en grand le quotidien de gauche Yediot Aharonot, tandis que son concurrent de droite Israel Hayom titrait : « Orange n’est déjà plus un partenaire », en jouant sur le nom de l’opérateur israélien (Partner).

Fin mai, cinq ONG et deux syndicats avaient appelé Orange à annoncer son désengagement et à « dénoncer les atteintes aux droits humains commises par Partner ». Les ONG reprochaient à Partner de fournir des services dans les implantations juives de Judée et Samarie où la présence juive est contestée par l’Europe. Stéphane Richard aurait cédé aux pressions de groupes appelant au boycott d’Israël, mais seulement d’Israël, la seule démocratie du Moyen-Orient en luttre contre nombre de groupes terroristes à ses portes, mais n’appelant au boycott ni de la chine, ni du Qatar ni d’aucune dictature dans le monde. Des groupes qui reprochent également à Partner de fournir des services dans des territoires où il conteste la souveraineté israélienne, préférant sans doute laisser ces territoires sans opérateur téléphonique.

Orange a donc insisté sur le fait qu’il ne détient aucune action ou droit de vote dans Partner et n’a aucune emprise sur lui, et qu’en dehors de ses relations avec Partner, il n’a pas la moindre activité ni le moindre chiffre d’affaires en Israël.

Il s’agit du seul contrat de marque au monde entre Orange, présent dans 29 pays, et une entreprise qui n’est pas une filiale. Le PDG d’Orange a expliqué l’intention de se désengager comme relevant de « la politique de la marque: notre politique c’est de ne pas +licencer + la marque ». Mais comme l’ont déclaré certaines sources gouvernementales à Jérusalem, citée par la presse israélienne : « derrière cette déclaration surprenante se tiennent des motifs financiers : Stéphane Richard essaie de réconcilier 33 millions clients de MOBINIL, l’opérateur égyptien d’Orange, qui sont en colère contre les relations avec Israël, bien que l’Egypte ait signé un traité de paix avec Israël en 1979.

Israël demande des excuses à Orange

L’affaire est très vite devenue politique. Alors qu’Israël fait face à une nouvelle campagne de boycott aux accents antisémites – la veille le Premier ministre Netanyahou, dans une conférence de presse avec le ministre des affaires étrangères du Canada, remarquait que l’Union des étudiants britanniques avaient appelé à boycotter Israël alors qu’un an plus tôt, elle avait refusé de boycotter le groupe terroriste Daech – le nouveau gouvernement israélien a vivement réagi aux propos de Stéphane Richard. La ministre adjointe des Affaires étrangères Tzipi Hotovely a immédiatement écrit au PDG d’Orange pour réclamer une clarification et le presser de ne pas prendre part « à l’entreprise de mensonges qui vise injustement Israël ». « Notre ambassadeur (en France) s’est adressé aux autorités françaises pour obtenir des explications », a dit par ailleurs Emmanuel Nahshon, porte-parole du ministère, « nous attendons des excuses de la part d’Orange ».

Du côté de Partner, les réactions ont également été vives puisque l’opérateur israélien se retrouve pris en étau par les propos du PDG d’Orange. « La compagnie Partner n’est pas une filiale d’Orange ou de France Telecom, à qui appartient la marque. Partner est sous la direction de Saban Group et elle n’a aucun rapport commercial avec France Telecom, propriétaire de la marque. La compagnie Partner continuera à se servir de la marque. Ces propos sont regrettables et il est dommage qu’ils aient été dits. » Jeudi matin, certains journaux évoquaient également une éventuelle poursuite d’Orange devant les tribunaux par Partner pour le dommage causé en Israël à ses affaires par les propos de Stéphane Richard.
 

D’Orange aux conceptions politiques divergentes entre Israël et la France

 

Mais l’affaire est peut être allée plus loin encore suite aux propos de l’ambassadeur de France à Washington, Gérard Araud qui a dans un premier temps, affirmé que la France n’avait pas à prendre part à ce conflit puisqu’Orange est une compagnie privée [mais dont l’Etat français possède 25% des actions] avant d’écrire sur Twitter que le PDG d’Orange avait fait ses remarques en rapport avec les « opérations de communications de Partner dans les territoires occupés » citant dans un autre tweet ce qui peut être vu comme un soutien à Stéphane Richard lorsqu’il écrit que la « 4e convention de Genève dispose que la politique d’implantations dans des territoires occupés est illégale et qu’il est illégal d’y contribuer de quelque façon. »

L’ambassadeur de France à Washington soutiendrait par là même ce qui relève d’un geste politique et non juridique, même au regard du droit international (droit international par ailleurs fort contestable compte tenu de la composition des organisations de l’ONU dont les membres sont pour la plupart des dictatures, et compte tenu de l’essence même du droit international, qui n’est que l’expression d’un rapport de force politique dans l’arène mondiale à un moment donné de l’histoire et de l’actualité), car contrairement à ce qu’affirme la France, la plupart des diplomates, journalistes et souvent aussi chercheurs, la construction d’immeubles, de maisons et de villages pour y faire habiter des Israéliens, dans les territoires disputés de Judée et Samarie, n’a rien d’illégale. En effet, ni la résolution 242 qui prône une « solution négociée entre les parties » sans définir ces dernières d’ailleurs, qui se sont depuis définies autrement et ont changé (l’AP n’existait pas et l’OLP était un groupe terroriste pour l’Europe aussi), ni les accords d’Oslo, dernier document juridique en date qui fait autorité entre les parties, n’interdisent à Israël de gérer les territoires qu’il a sous son contrôle en attendant un accord entre les parties, et n’interdisent à Israël de construire dans la zone C, là où il construit, où il conserve l’autorité civile et militaire. Contrairement à la propagande médiatique qui affirme que les implantations juives sont illégales au regard du droit international, il s’agit d’une condamnation politique, mais nullement juridique.

Le PDG d’Orange aura donc tenté de faire non seulement du business sur le dos d’Israël, mais aussi de la politique, une politique contestée et contestable. Chose qu’il ne fait dans aucun autre pays au monde. A commencer par l’Egypte, dictature militaire où il a tenu ses propos et où il souhaiterait remporter des abonnements par millions.

 

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