Sodas : la France refuse l’américanisation illimitée

Le refus des modes de consommation ou de vie qui sonnent trop américains au goût de certains s’est fait sentir ces derniers jours sur les rangs de l’Assemblée nationale. Bien que le géant américain et son mode de vie ait laissé une empreinte indélébile sur l’hexagone, quelques poches de résistance n’en démordent pas. Au menu : trop de sodas dans les fast food. Et tous les arguments sont bons à prendre. Astérix, quand tu nous tiens ou quand la santé s’en prend à la consommation à l’américaine.

Une loi contre les sodas à volonté

Les députés français ont voté ces derniers jours un amendement à la loi de santé qui prévoit d’interdire les fontaines à sodas en libre service dans les fast-food ou lieux de consommation de nourriture. Le phénomène venu des Etats-Unis avait réussi à percer en Europe et en France dans les fast-foods d’Ike, de KFC, voire de Quick ou de Subway. Mais les députés en ont décidé autrement.L’Assemblée nationale a interdit en effet la mise à disposition en libre service, payant ou non, de fontaines à sodas (« free refill ») en votant un amendement UDI au projet de loi de modernisation du système de santé. « La mise à disposition en libre service, payant ou non, de fontaines proposant des boissons avec ajout de sucres ou d’édulcorants de synthèse est interdite en tous lieux ouverts au public ou recevant du public », stipule l’amendement défendu dans l’hémicycle par le député Arnaud Richard.Le motif de l’amendement : la lutte contre l’obésité.

Les sodas à volonté contribuent à l’obésité

Bien que la démarche soit contestable sur le plan de défense du consommateur, puisqu’elle limite en réalité sa consommation, c’est-à-dire qu’elle l’empêche de consommer plus, de boire plus et donc de profiter plus, elle est défendue du point de vue de la santé. L’objectif est en effet de réduire de 25% au moins la proportion d’enfants consommant plus d’un demi-verre de boissons sucrées par jour, selon le Programme national nutrition de santé. Car les sodas contribuent selon le ministère de la santé au développement de l’obésité, et « au développement et au maintien d’une appétence pour la saveur sucré. » La ministre de la Santé elle-même Marisol Touraine, a soutenu l’amendement : « cette pratique, qui était habituelle dans d’autres pays, se répand dans notre pays et peut être attractive pour des jeunes qui se voient proposer à volonté des boissons comportant soit du sucre en quantité excessive soit des édulcorants ». Attractive mais pas saine. Elle sera donc interdite. L’Amérique oui, mais pas ses dérives, diront les philosophes défenseurs de l’amendement.

Les sodas remettent en cause la responsabilité

Sur le plan philosophique pourtant, et politique, la décision est néanmoins contestable.

Sur le plan de la consommation d’abord, donc de l’économie, de la baisse ds prix, puisqu’elle n’empêche pas en revanche une personne d’acheter autant de sodas qu’il le veut dans les fast-food. Cela lui coûtera simplement plus cher. Les députés veulent donc éviter l’incitation à consommer ces boissons gazeuses en proportion illimitée.

Sur le plan de la responsabilité surtout, ensuite. Car l’amendement n’interdit pas la vente de boissons gazeuses illimitées aux seuls enfants ou adolescents, tout en le permettant aux adultes. D’une certaine façon, la loi entend donc, comme c’est souvent le cas en France ou dans d’autres sociétés occidentales, remplacer les parents. Or si ces formes de législation peuvent parfois être nécessaires concrètement, elles constituent néanmoins une forme de considération d’irresponsabilité de l’enfant ou de ceux qui en ont la responsabilité. Tout se passe comme si l’enfant n’était pas intelligent pour comprendre qu’il ne doit pas boire trop de sodas, et comme si l’adulte ne le savait pas lui-même. Dans ces conditions il est difficile de comprendre qu’il soit encore permis en France de fumer librement à côté d’un enfant mais qu’on ne puisse pas lui servir une boisson gazeuse à volonté. Alors même qu’il est passif dans le premier cas.

Américanisation, lobbys, ou réflexion pas assez poussée peuvent expliquer un amendement contre les sodas à volonté qui vient décider à la place des gens et renforcer l’arsenal d’interdictions de la tradition juridique française. Une esquisse de réflexion à pousser.

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