Cinéma australien : Mister Babadook

Régulièrement nous parviennent d’Australie des films de tout genre, plus particulièrement depuis les années soixante-dix. Avec même des cinéastes majeurs : Peter Weir ou Jane Campion. Le cinéma australien s’illustre même dans le cinéma fantastique. Les premiers films de Peter Weir en sont incontestablement marqués, que ce soit Picnic at Hanging Rock (Pique-nique à Hanging Rock, 1975) ou The last wawe (La dernière vague, 1977).

 

Mister Babadook

Mister Babadook

Parmi les films qui ont eu un certain retentissement, on peut citer Harlequin réalisé par Simon Wincer en 1980, The ruins (Les ruines), un film de Carter Smith en 2006. Récemment ce sont des femmes cinéastes qui s’y sont intéressées : en 2011, Julia Leigh réalise l’étrange « Sleeping Beauty ». Plus récemment, Jane Campion a créé une série qui s’inscrit, sans conteste, dans le genre fantastique, « Top of the lake », 2013.
Et cette année, nous arrive sur les écrans un premier long-métrage d’une cinéaste qui n’avait à son actif qu’un seul court-métrage en 2005 « Monster », préfiguration du futur « Mister Babadook », reposant également sur le couple mère/fils. Parallèlement, elle développe une carrière de comédienne, diplômée du National Institut of Dramatic Art, elle tourne régulièrement depuis le début des années quatre vingt dix. Mais c’est la rencontre avec Lars von Trier sur le tournage de Dogville, dans lequel joue sa compatriote Nicole Kidman, qui va l’inciter à s’intéresser à la réalisation.
Son film est le fruit d’une assez longue gestation, le scénario fut développé à Amsterdam pendant six mois. C’est l’un des intérêts du film, il bénéficie d’une histoire forte, d’un scénario très structuré, avec plusieurs lectures possibles, notamment psychanalytiques, avec une entrée en matière très forte ainsi qu’une fin plutôt originale, même si elle n’est pas très optimiste, fin qu’elle a maintenu, malgré diverses tentatives pour l’adoucir. La préparation des décors, des effets spéciaux ont également nécessité une préparation minutieuse, donc du temps.
Le film relate l’histoire d’une femme, Amelia, qui a perdu son mari, tué sur le coup lors d’un terrible accident de voiture en l’amenant à l’hôpital le jour même de la naissance de leur enfant, Samuel. Le film débute six années après cet accident, peu avant l’anniversaire de Samuel. Mais pendant toutes ces années, Amelia n’a jamais réussi à assumer la violence de ce traumatisme. Jamais, elle n’est arrivée à pleurer. Elle toujours refoulé tout sentiment. Elle ne parvient non plus à aimer Samuel.
Or, celui-ci rencontre des problèmes de comportement, que ce soit avec ses copains à l’école, ou avec sa tante.Tantôt, il peut se montrer gentil, tantôt effrayé, ou encore agressif. Il ne parvient pas à dormir la nuit. Jusqu’au jour où il reçoit un livre, « Mister Babadook », un livre dessiné à la main, comportant des animations en carton. Ce livre contient des images effrayantes d’un monstre sortant du placard. Amelia tente de se débarrasser du livre, à plusieurs reprises. En vain. Le livre revient d’une manière ou d’une autre. Afin de protéger sa mère de ce monstre, Samuel construit des armes bricolées.
Le film s’inscrit dans la longue lignée des films fantastiques, notamment ceux du cinéma muet, que ce soit Méliès, qui est cité expressément dans le film, le cinéma expressionniste allemand. Le monstre doit beaucoup à Nosferatu de Murnau, allusion à peine voilée à Dracula, dont il n’a pu acquérir les droits. Le climat expressionniste est le fruit d’un minutieux travail de la part du chef décorateur allié à celui du chef opérateur. La plupart des décors ont été réalisés, avec des différences d’échelle, avec peu de recours à des effets spéciaux numériques. Le choix des couleurs des costumes des protagonistes a été effectué également avec soin. Le film privilégie les gris, les noirs, les blancs, avec une palette de couleurs fort restreinte. La lumière est savamment travaillée. Pour mener à bien le travail de l’image, elle fit appel à chef opérateur polonais, dont c’est l’une des premières contributions en dehors de la Pologne, il exerça son art de la lumière tant dans les documentaires, signés de Marcel Lozinski, Maciej Cuske ou Rafael Lewandowski, ou pour des fictions fort remarquées en Pologne (« Jestes Bogiem » de Leszek Dawid ou « La chambre des suicidés » de Jan Komasa, deux films de 2012, jamais distribués en France). Les chefs-opérateurs polonais sont fort prisés à Hollywood, Spielberg collabore avec le chef opérateur polonais Janusz Kaminski depuis plus de vingt ans.
La réussite de ce film, outre les qualités de son scénario, de la direction artistique, de l’image repose également sur le jeu des principaux comédiens, sur l’excellente direction d’acteurs, avec en premier lieu la remarquable composition assurée par Essie Davis dans le rôle d’Amélia, composition d’autant plus exceptionnelle que le personnage d’Amélia traverse différents états.
Ce premier long-métrage est sans conteste l’une des réussites cinématographiques de cette année 2014.

Christian Szafraniak

Mister Babadook
Australie. 2014. Couleurs. 94 minutes.
Scénrio et réalisation :
Interprétation : Essie DAVIS
(Amelia), Noah WISEMAN (Samuel), Daniel HENSHALL (Robbie), Hayley McELHINNEY
(Claire), Barbara WEST(Madame
Roach), Ben WINSPEAR (Oskar).
Prix spécial du jury au festival de Gérardmer 2014 (ainsi que le prix du public, prix de la critique international, prix du Jury jeune)
Sortie France : 30 juillet 2014.

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