42 : la révolution de la formation numérique en France.

nicolas-sadirac-epitech-42Interview exclusive avec Nicolas Sadirac, ancien spécialiste de la sécurité informatique, directeur de 42 et ancien directeur d’Epitech, ami et partenaire de Xavier Niel, PDG de Free.

CK : Nicolas Sadirac, vous êtes l’ancien directeur d’Epitech et aujourd’hui directeur de 42, une nouvelle forme d’école de formation d’informaticiens en France.

Pour commencer, pouvez-nous éclairer sur 42? En quoi consiste ce nouveau projet?

« Rendez-vous compte ! Pas de chômage en France ! »

Nicolas Sadirac : 42 est une école créée sur initiative de Xavier Niel, le patron de Free. Dans un premier temps elle a pour but de répondre à un besoin de développement informatique, de formation dans le secteur du numérique aujourd’hui en France. Il existe en effet un manque impressionnant d’informaticiens dans l’hexagone et les entreprises n’arrivent pas à recruter. On parle d’un manque de 30 à 50 000 informaticiens manquants au total, de 3 à 5000 par an.

Dans le même temps, nous connaissons aussi une situation dans laquelle un certain nombre de jeunes informaticiens formés, diplômés ne trouvent pas de travail et environ 1500 n’en trouvent qu’au bout d’un an après une formation d’ingénieur informaticien, bac +5.

Nous pensons, avec Xavier Niel, que cela est dû au décalage entre la formation dans les écoles d’informatique et les besoins en entreprise, la réalité du marché du numérique aujourd’hui.

Soyons concrets. La France constitue la 5e puissance mondiale en macro-économie et pourtant, en matière de numérique, nous ne sommes qu’au 20e rang.

Imaginez-vous, si la part de la France dans le numérique était proportionnelle à celle qu’elle a prise aux Etats-Unis, il n’y aurait pas de chômage en France. Rendez-vous compte ! Pas de chômage en France !

Et le plus inquiétant, c’est que dans un monde du numérique qui bouge énormément aujourd’hui, la position de la France continue à dégringoler, elle devient de moins en moins performante.

Nous sommes partis de l’idée de base qu’il existait un problème de formation au numérique, un décalage entre les besoins du marché et la formation traditionnelle en France. C’est ce à quoi 42 entend remédier.

CK : Et comment comptez-vous vous y prendre concrètement?

« 40% des élèves n’ont pas le Bac »

NS : Il y a une vraie différence entre 42 et les autres écoles.

Les écoles traditionnelles forment des exécutants, des informaticiens qui sont disciplinés, organisés, appliqués, le tout selon une certaine standardisation. En un mot ce sont de bons soldats. Il faut noter que c’est la qualité de cet enseignement en France qui nous a permis de devenir la 5e puissance mondiale. Il ne s’agit pas de le dénigrer.

Toutefois, le marché du numérique est différent, et il faut savoir s’y adapter.

Nous avons besoin aujourd’hui d’informaticiens créatifs, inventifs, qui créent de la valeur au sein de l’entreprise et qui soient partie intégrante de la création numérique au sein de l’entreprise. C’est de cette façon que nous pouvons créer des outils comme Deezer, Dailymotion, Free, grâce à cette inventivité, cette interaction. Le numérique requiert aujourd’hui des compétences de création collective, en un mot une forme d’esprit rebelle.

Et pour ce faire, nous n’avons pas hésité à sortir des sentiers battus, à modifier radicalement un système d’enseignement très sclérosé.

A 42, il n’y a pas besoin de passer par une prépa et de payer une fortune son école. Nous allons recruter partout, y compris parmi des élèves qui ont décroché avant même d’arriver à l’université.

A 42, 40% des étudiants n’ont pas le bac, rendez-vous compte.

Ce sont des éléments qui avaient décroché dans le système d’enseignement traditionnel, trop formaté. Pourtant, ce sont d’excellents éléments, extrêmement créatifs et inventifs.

CK : Mais y a-t-il une sélection pour entrer à 42?

NS : Oui, mais pas la sélection à laquelle on est habitué en France. Nous n’exigeons pas de résultats en prépa ou au bac. Nous avons reçu 70 000 demandes d’entrée à 42 et il n’y a eu que 900 places. Autant dire que la sélection est sévère. Et pourtant, 40% n’ont pas le bac.

Nos critères sont différents. Nous sommes allés chercher les esprits inventifs là où ils se trouvaient. Et après une première sélection, nous avons réalisé un véritable week end d’intégration pour tester les esprits les plus inventifs. Le résultat a été très étonnant.

42 a trois caractéristiques qui le différencient des autres écoles d’informatique :

1) Le coût. 42 est ouvert à tout niveau social, pas besoin de débourser de grandes fortunes à l’inscription comme c’est le cas dans les grandes écoles. Ceci grâce à Xavier Niel, qui s’est engagé à financer l’école pendant 10 ans.

2)      L’accessibilité : pas besoin d’avoir des diplômes, on fait ses preuves sur place.

3)      La liberté pédagogique. Les étudiants notent les étudiants, c’est une reconnaissance collective et non hiérarchique, une reconnaissance communautaire. Un système inspiré de plusieurs modèles dits révolutionnaires et qui fonctionne très bien.

CK : Vous êtes-vous inspiré d’autres modèles à l’étranger? On pense notamment à la silicon valley israélienne et modèle de start-up dont on dit justement qu’il est dû à un enseignement très ouvert, contestataire, rebelle.

NS : Je ne connais pas précisément le système d’enseignement israélien, même s’il est évident que le high tech israélien est une réussite pour un si petit pays.

Je ne sais pas si Xavier Niel a pu s’en inspirer.

Pour ma part j’ai eu une expérience en kibboutz et je me souviens qu’effectivement le système d’appréciation collective était déjà présent. D’autres choses étaient aussi étonnantes et très avancées. Mais je ne saurais pas dire avec exactitude d’où vient ce phénomène.

 CK : Vous étiez aussi directeur d’Epitech dans le passé, est-ce que vous n’avez pas tenté ce modèle là-bas aussi?

NS : Si bien sûr, nous l’avons fait aussi à Epitech il y a quelques années, et beaucoup des informaticiens d’Epitech travaillent pour Free et Xavier Niel d’ailleurs.

Mais 42 se distingue par deux biais : le fait d’être ouvert à toutes les couches sociales grâce à une entrée ouverte, sans diplôme nécessaire et sans argent ; et par le nombre.

Epitech était une promotion de 300 personnes par an, 42 c’en est une de 900.

Au final nous avons multiplié l’accès à cette formation numérique avancée et progressive, par 4.

CK : Et le monde du travail? Si l’enseignement est sclérosé, le marché du travail ne l’est-il pas tout autant ou du moins lui aussi dans l’hexagone? Le besoin de diplômes, la difficulté à exercer dans différents domaines, et après avoir « décroché »…

NS : Oui tout à fait, mais pas dans le numérique. Là, le marché, comme il sait le faire, s’adapte. Nos étudiants sont embauchés. Nous avons déjà une entreprise prêts à embaucher pour des salaires de 45000 euros l’année.

Le fait est que la demande est énorme, il y a un réel besoin de ces nouveaux informaticiens, spécialistes du numérique. Et côté salaire, je ne peux que citer la phrase de l’ancien directeur de l’école EPITA lorsqu’il avait interpellé M. le Procureur de la République à une audience : « Monsieur le Procureur, je forme chaque année 500 diplômés qui auront au minimum des salaires de Ministres pendant que (vous), l’éducation nationale fabriquez 60 000 chômeurs de plus par an qui seront financés par mes étudiants. »

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3 Comments

  1. paul75

    Quand je lis « On parle d’un manque de 30 à 50 000 informaticiens manquants au total, de 3 à 5000 par an », je BONDIS… vraiment N’IMPORTE QUOI !!!
    Xavier NIEL et Nicolas SADIRAC se leurrent complètement et leurrent les médias sur ce LAMENTABLE MENSONGE de la « pénurie d’informaticiens » (à moins qu’ils surfent volontairement là-dessus pour se faire de la PUB à bon compte, ce qui m’étonnerait pas…).
    Il faut savoir que le chômage des informaticiens est actuellement au plus haut depuis 2005 avec plus de 76 000 demandeurs d’emploi dans les seuls métiers IT (informatique & télécoms), et même plus de 100 000 pour l’ensemble des demandeurs d’emplois dans les métiers du numérique !!!
    Ce qui fait presque 9% de taux de chômage dans la profession (rapporté aux 600 000 informaticiens recensés par l’Insee), et les métiers du développement sont particulièrement touchés avec plus plus de 20 000 chômeurs rien que dans ce domaine.
    Sources :
    http://munci.org/Non-pas-34-000-ni-57-000-mais-au-final-plus-de-76-000-demandeurs-d-emploi-en-France-dans-les-metiers-IT-Informatique-Telecoms
    http://www.journaldunet.com/solutions/emploi-rh/le-chomage-dans-l-informatique-en-2013-1013.shtml
    De plus, on forme suffisamment d’informaticiens en France (environ 33 000 diplômés chaque année, dont 18 000 nouveaux arrivants si on enlève les bac+2 qui poursuivent leurs études) par rapport aux besoins réels du marché du travail (entre 7000 et 15 000 créations nettes d’emploi / an selon les sources).
    Il n’y a bien que les « illuminés » comme M. NIEL et N.SADIRAC (qui ne sont plus que des magnats de la com…), les « marchands de viande » (SSII qui recrutent de façon hyper sélective – JEUNES bac+5 moutons à 5 pates – avec leur lobby le Syntec et les cabinets de recrutement qui travaillent pour eux…), certaines écoles privées (Groupe IONIS et maintenant l’école 42…) et les « journalistes » incompétents (qui ne savent que répéter les bobards patronaux et autres infos sensationnalistes…) pour reprendre ce MYTHE LAMENTABLE de la « pénurie d’informaticiens » qui crée un énorme PRÉJUDICE MORAL pour tous les chômeurs de la profession !

  2. Nicolas SADIRAC

    Je passe mon temps à souligner cette contradiction : en effet, il y a du chaumage dans le secteur. Et en même temps les entreprises n’arrivent pas à recruter les talents dont elles ont besoin.
    Pour moi, cela tien essentiellement

  3. Nicolas SADIRAC

    … Essentiellement à un changement profond du métier d’informaticien et aux formations qui forment trop aux techniques et méthodes et pas assez au travail collaboratif ou à la créativité …
    Mais je rencontre chaque jours des sociétés qui cherchent à recruter et ne trouve pas ce dont elles ont besoin.

    Nicolas

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