Cinéma : Une ode à la vie par Marion Vernoux

Nous avions un peu perdu de vue la réalisatrice Marion Vernoux, même si elle continuait à faire ce qu’elle sait faire, et quelquefois bien faire, son métier de cinéaste en réalisant un film pour Canal plus en 2018, Rien dans les poches, une fiction qui réunissait Emma de Caunes, Lio et Alain Chabat. Mais c’était pour la télé, et les films faits pour ce média n’ont pas la même exposition ou la même carrière qu’un film sortant sur les écrans de cinéma, ce qui montre bien l’importance de ce lieu qu’est la salle de cinéma dans la vie d’un film.
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Le délai d’un film de cinéma

Et certains veulent toucher la « chronologie des médias », qui implique pour les films sortant sur les écrans de cinéma un délai ensuite en fonction des différents autres supports d’exposition d’un film : VOD, édition vidéo, télévision, durée pouvant varier si un média est en position de co-producteur d’un film. Mais il important de veiller à ce qu’un certain délai soit observé entre la date de sortie en salle et les autres médias. En raccourcissant ce délai, cela ne peut que être que nuisible pour la salle de cinéma, lieu qu’il est indispensable de préserver. Bref, revenons à Marion Vernoux. Il se trouve ainsi que le dernier film sorti en salle était A boire, film dont l’accueil critique et public ne fut pas des meilleurs. Ce qui atteignit moralement Marion Vernoux. Près de 10 ans, presque, se sont écoulés entre ceux ce dernier film et Les beaux jours. Ce ne fut pas faute de projets, car elle écrivit plusieurs scénarios qui ne trouvèrent pas l’assentiment de nos financeurs hexagonaux durant cette période. Et quand on lui pose la question, elle esquive, et ne souhaite pas en dire davantage lors des entretiens qu’elle accorde lors des avant-premières liées à la sortie en salle.

Le cinéma de Marion Vernoux

Toujours est-il qu’elle est heureuse de présenter sa nouvelle oeuvre au public. D’autant qu’elle le fait accompagnée de plusieurs des comédiens principaux de son film, Fanny Ardant et Laurent Lafitte (de la comédie française, comme l’indique le générique du film ou même le dossier de presse du film). Étrangement, l’initiative ne vient pas d’elle. Ce sont les producteurs du film (les films du kiosque) qui lui propose le livre de Fanny Chesnel, Une jeune fille aux cheveux blancs, édité par Albin Michel en 2011. Et le résumé correspond au scénario du film, écrit par la cinéaste et la romancière « dans un esprit harmonieux et inventif » (selon Marion Vernoux) : C’est le début de la fin. Caroline est à la retraite depuis quelques mois, et aujourd’hui, elle fête ses 60 ans. Ce ne serait pas si déprimant sans ses filles soucieuses de son bien-être, de ses gendres fadasses et trop sérieux, et ses petits-enfants obligés de se plier à la cérémonie de la carte cadeau. Philippe, son mari depuis plus de trente ans, joue les complices plus ou moins volontaires de cette mascarade.
Le cadeau proposé par les enfants de Caroline est une bonne découverte des activités d’un lieu destiné aux personnes du troisième âge. Et ce lieu se nomme « les beaux jours » Dans ce lieu, Caroline rencontrera un animateur en informatique bien plus jeune qu’elle et qu’elle rencontrera ensuite en dehors du centre. Le film est centré sur les relations entre ces deux êtres pas tout à fait pour se rencontrer, différence d’âge, de milieu social, d’intérêts, de manière de vivre,… Et c’est Fanny Ardant qui s’est investi complètement dans ce rôle de femme, plus très jeune, mais encore désirable. En tout cas, et cela la cinéaste insiste, ce n’est une « couguar », ces femmes âgées qui draguent de jeunes hommes, qui les chassent plus exactement. Ici, la rencontre survient par hasard, sans aucune préméditation de sa part, elle est plutôt heureuse dans sa vie de couple. Et la rencontre avec Julien (bien campé par Laurent Lafitte) sera une parenthèse dans sa vie. Une parenthèse heureuse ? Toujours est-il que l’on est toujours marqué par les rencontres que la vie nous réserve. Cette parenthèse lui aura ouvert des portes.

Le cinéma-comédie

Une des agréables surprises de cette comédie qui repose sur un schéma très classique, le mari, la femme et l’amant, autant abordé par le théâtre que le cinéma, qui a produit de grands films, américains, anglais ou français, une des surprises de ce film, et ce qui rend ce film attachant, ce sont les seconds rôles, pas toujours bien servis. Mais ici, impeccablement distribués : c’est ainsi que l’on retrouve des comédiennes, d’un âge également quelque peu avancé, Marie Rivière, fidèle d’Eric Rohmer, qui l’avait admirablement filmé dans Le rayon vert, Fanny Cotençon, Catherine Lachens du côté féminin, pour le masculin, Jean-François Stévenin, Alain Cauchie, Marc Chapiteau et Féodor Atkine (lui aussi fidèle à Eric Rohmer). Mais également une autre dame un peu plus âgée. Pour ce rôle, Marion Vernoux eut quelques difficultés à l’attribuer. Son choix se porta finalement sur Marceline Loridan, qui n’est pas comédienne, mais documentariste et qui fut l’épouse de Joris Ivens. Chacun de ses seconds rôles est à chaque fois, indirectement un hommage qu’elle voulut rendre à des cinéastes qui l’ont marquée.
Enfin, le film comporte à un moment un hommage à un film que Marion Vernoux connaît pratiquement par coeur, c’est Le lauréat, réalisé en 1967 avec Anne Bancroft et Dustin Hoffman, film proche par le sujet abordé, le plan est très connu car il a servi d’affiche à ce film à sa sortie en France. Dans ce dernier film, une chanson de Simon Garfunkel tient une place importante. De même deux chansons françaises reviendront à certains moment, Les mots bleus, magnifique chanson de Christophe ainsi que Le vent nous portera de Noir Désir.
Le film se clôt par une image très lumineuse que l’on ne doit pas dévoiler et qu’il faut découvrir. La lumière est un des personnages de ce film. Constamment, le film est baigné d’une douce lumière, une lumière du nord. Le film ne donne pas d’indication de lieux précises, c’est une ville portuaire du Nord de l’Europe. Mais les lieux ont leur importance, le choix du port, de la mer, tout cela n’est pas anodin. Marion Vernoux a choisi de tourner son film à Dunkerque et ses environs pour ces raisons. Et contrairement à ce que l’on raconte souvent, la pluie n’est pas l’apanage de cette région. Il peut faire beau et très beau même.
En filmant cette comédie, Marion Vernoux a voulu faire une ode à la vie. Bien que Caroline atteint la soixantaine, le film est tourné du côté de la vie, et à aucun moment il ne pousse vers une autre extrémité.
Un bémol malgré tout à ce film, c’est que la cinéaste évite de l’inscrire dans un environnement social précis. Si l’on sait que Caroline est dentiste, et Julien, animateur en informatique dans un club du troisième âge, ce qui peut l’amener à l’ancrer dans des milieux particuliers, le film gomme tous ces aspects, ce qui rend cette comédie un peu trop légère.

Les beaux jours.
France. Couleurs. 94 minutes. 2013
Un film de Marion Vernoux.
Interprétation : Fanny ARDANT, Laurent LAFITTE , Patrick CHESNAIS, Jean-François STÉVENIN, Fanny COTTENÇON, Catherine LACHENS, Alain CAUCHI, Marie RIVIÈRE, Marc CHAPITEAU, Féodor ATKINE
Olivia CÔTE, Emilie CAEN, Eléonore BERNHEIM, Paule ZAJDERMANN, Marceline LORIDAN-IVENS, etc…

N.B. : les propos de Marion Vernoux sont extraites de la conférence qu’elle donna lors de l’avant-première au cinéma Le Métropole à Lille.

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