Cinéma : Le bel âge

Alors que nos représentants politiques et syndicaux s’attaquent une nouvelle fois à une réforme de la retraite, les salles de cinéma de France (et d’ailleurs) nous proposent cette semaine une comédie de Frédéric Proust « 12 ans d’âge ».

12-ans-dageLa vieillesse au cinéma

La semaine précédente, c’était le cas du film de Marion Vernoux « Les beaux jours » (voir critique dans Citizenkane.fr en date du 20 juin 2013). Ces deux films français ont pour personnages principaux des retraités (ou des pré-retraités), un homme dans le cas du film de Frédéric Proust, une femme pour celui de Marion Vernoux. Mais, étrangement, ce ne sont pas des cas isolés. D’autres films évoquent ce moment de la vie qui concerne une part importante de la population, mais ce qui change par rapport aux époques précédentes, c’est le poids de cette catégorie socio-professionnelle, en raison de l’allongement de la durée de vie des habitants de cette planète, et notamment la plupart des pays occidentaux.

Ces derniers temps, les écrans français ont accueilli bien d’autres films les prenant comme personnages principaux. Il y a quelques semaines, c’était le cas de « Song for Marion » de l’anglais Paul Andrew Williams, film chroniqué à sa sortie dans citizenkane.fr et sauvé par deux immenses acteurs britanniques : Terence Stamp qui, pour la première fois à l’écran, chante sur scène (peut-être le début d’une nouvelle carrière) avec, à ses côtés, Vanessa Redgrave. Ce film britannique réalisé par un comédien américain, Dustin Hoffman, se situe dans une charmante pension au cœur de la campagne anglaise et réunit quelques-uns (unes) des plus grands comédiens (nes) du cinéma anglais : Tom Courtenay, Billy Connolly ou encore Maggie Smith.

Quand le cinéma traite de la vieillesse

En mai dernier sortait aussi La fleur de l’âge, premier long-métrage de Nick Quinn, réunissant Pierre Arditi et Jean-Pierre Marielle. Un peu avant, Gisèle Casadessus nous réservait une belle rencontre « Sous le figuier », film réalisé en 2011 par Anne-Marie Etienne.
Au mois de février, c’est un film uruguayen qui abordait la question de la maladie, « La Demora » de Rodrigo Pla,  précédemment auteur du film « La zona », fort remarqué.
En début d’année, Michel Bouquet nous offrait un mémorable Auguste Renoir au crépuscule de sa vie sous la caméra de Gilles Bourdos (« Renoir », 2012).
Quelques mois plus tôt, Vincent Lindon devait prendre en charge sa mère malade et Hélène Vincent composait avec beaucoup de finesse ce personnage dans « Quelques heures de printemps » signé par Stéphane Brizé. En cette même année 2012 était projeté l’admirable film de Michael Haneke, primé entre autres au festival de Cannes, avec la Palme d’or, film dont on ne peut pas oublier la belle composition du coupe Emmanuelle Riva-Jean-Louis Trintignant, confronté à l’âge et la maladie.
D’autres titres, plus ou moins récents, pourraient compléter ce rapide tableau de la vieillesse au cinéma, « Poetry » (2010) de Lee Chang Dong, « Good Bye Lenin! » de Wolgang Becker en 2002, Monsieur Schmidt d’Alexander Payne, avec une superbe composition de Jack Nicholson en 2002, « Tatarak », d’Andrzej Wajda sorti malheureusement très discrètement en 2009 sous les écrans français avec le titre de « Sweet Rush »… Cette liste pourrait être complétée par bien d’autres titres de films.
Et les mois qui viennent ne seront pas en reste. Que l’on en juge par quelques titres prévus pour cette rentrée :
– Le 10 juillet, « Le quatuor «  de Yaron Zilberman, film qui évoque l’histoire d’un violoncelliste atteint de la maladie de Parkinson et interprété par Christopher Walken.
– En septembre, « Miele » de Valeria Golino, remarqué lors de son passage dans la section « Un certain regard » de la dernière édition du festival de Cannes, ou encore « Le grand départ » de Nicolas Mercier, film dans lequel deux frères sont confrontés à la maladie dégénérative de leur père, rôle joué par Eddy Mitchell.
– Mais aussi « Nebraska » d’Alexander Payne, dont la sortie est prévue en janvier 2014, film qui valut à Bruce Dern le prix d’interprétation masculine lors de la dernière édition du festival de Cannes.

« 12 ans d’âge » au cinéma

Mais revenons à nos « 12 ans d’âge ».
Charles, banquier de profession, la soixantaine, part en préretraite. En compagnie de son ami de toujours, Pierrot, même âge et profil de dilettante, il entame une nouvelle existence régie par un seul mot d’ordre : carpe diem, profitons de chaque moment. Et c’est ainsi qu’ils multiplieront les virées nocturnes, plutôt arrosées, la pêche, et qu’ils auront l’idée de commettre un hold-up, mais pas n’importe où : dans l’agence où Charles fut employé. Tous les deux ont une vie plus ou moins maritale, Charles est marié avec Dany, et Pierrot connaît Cathy depuis longtemps.
C’est le premier long-métrage de Frédéric Proust, comédien et scénariste de plusieurs long-métrages pour le cinéma et la télé (notamment canal + avec la série H). Il cherche avec cette comédie douce-amère à renouer avec l’esprit des grandes comédies italiennes (celles de Dino Risi, Mario Monicelli,…).
Bien que servi par un quatuor de formidables comédiens (François Berléand campe un délectable Charles, Patrick Chesnais réussit un savoureux Pierrot, Anne de Consigny et Florence Thomassin sont formidables en Dany et Cathy), encore faut-il leur donner une partition à la hauteur de ce que sont capables ces comédiens. Et malheureusement, bien que non dépourvu des meilleures intentions, le film peine à retrouver ce qui faisait la saveur de ces comédies, à leur donner ce vernis grinçant, voire corrosif, qui réjouissaient les spectateurs de ces grandes comédies italiennes.

Christian Szafraniak

« 12 ans d’âge »
France. 2013. Couleurs. 85 mn
Scénario et réalisation : Frédéric Proust
Interprétation au cinéma : François Berléand, Patrick Chesnais, Anne de Consigny, Florence Thomassin, Elise Lhomeau,…

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